PAS DE SOUVERAINETE SANS SOCIALISME ! – Par Bruno Guigue
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Au lieu d’écouter le chant des sirènes de ces pseudo-patriotes qui confondent l’amour de la patrie et la désignation d’un bouc-émissaire, ceux qui prétendent lutter pour la souveraineté et combattre l’impérialisme devraient méditer les leçons de l’histoire et se rendre à quelques évidences.
Quitte à provoquer les cris d’orfraie des gardiens sourcilleux de l’orthodoxie bourgeoise, on ne pourra alors éluder le constat suivant : dans le monde d’aujourd’hui, les États qui ont conquis leur souveraineté et en exercent pleinement les prérogatives sont principalement des pays d’orientation socialiste dirigés par un puissant parti communiste.
Aussi pénible que ce soit à entendre pour les oreilles chastes de la bourgeoisie, c’est la réalité, et c’est particulièrement vrai des pays anciennement colonisés dans lesquels la lutte armée pour l’indépendance s’est accompagnée d’une véritable révolution sociale : la Chine, le Vietnam et Cuba, bien sûr, mais aussi l’Algérie qui a conquis son indépendance de haute lutte et a su la préserver par une politique étrangère souveraine.
Même la Russie, qui n’est plus socialiste, n’est souveraine que parce qu’elle l’a été auparavant, l’héritage soviétique lui fournissant les bases d’une indépendance aujourd’hui réaffirmée face à l’encerclement impérialiste et à la guerre par procuration menée par l’OTAN.
Parmi toutes les nations véritablement souveraines, il est clair que la Chine représente à elle seule une expérience historique sans précédent, dont le succès retentissant n’a toujours pas été compris en Occident alors même qu’il provoque la stupeur du monde entier.
Certes, on admettra que la marche vers la souveraineté et son corollaire, le socialisme, ne fut pas un long fleuve tranquille ! A l’échelle mondiale, ce long combat d’un siècle déchirant a connu bien des péripéties, charriant son lot de victoires et de défaites, d’espoirs et de déceptions.
Dans le passé, on a même vu certains pays socialistes échouer, vaincus par l’impérialisme au terme d’une lutte parfois très longue et très difficile, ou effondrés sur eux-mêmes sous le poids de leurs contradictions internes, comme les démocraties populaires d’Europe de l’Est.
Désormais placés dans l’orbite de l'Occident global, ces pays ont perdu leur orientation socialiste sans retrouver une souveraineté jadis malmenée par le “grand frère” soviétique, et aujourd’hui cadenassée par une UE asservie aux puissances financières.
Au total, la vaste cohorte des pays capitalistes offre aujourd’hui un spectacle peu ragoûtant, et on n’y compte guère d’États souverains dignes de ce nom : que ce soient les pays membres de l’Union Européenne, les alliés asiatiques des États-Unis ou encore de nombreux pays africains, ce sont des satellites de cet impérialisme prédateur dont la classe dirigeante est l’oligarchie financière mondialisée et le quartier général est basé à Washington.
A mi-chemin entre allégeance et indépendance, de nombreux pays d’Asie, d'Afrique et d'Amérique tentent de préserver leur autonomie en restant à égale distance des pôles rivaux de la géopolitique mondiale : ils espèrent toucher de la sorte les dividendes de leur neutralisme, mais sans s’affranchir pour autant des liens de dépendance qui les relient au centre du capitalisme mondial.
D’autres pays proclament volontiers leur souveraineté pour donner le change : ils n’en sont pas moins des colonies de l’Empire. Les Européens, par exemple, ont beau donner des leçons à la terre entière, nul n’ignore que ce sont des vassaux politiques, des supplétifs militaires et des colonisés numériques de Washington.
Le fait qu’ils se croient libres ne change rien à la réalité de leur servitude : pour être souverain, il ne suffit pas de brandir une souveraineté en carton ! Il en va de même des pays d’Amérique latine : à l’exception de Cuba socialiste, qui paie cette indépendance au prix fort, du Venezuela sous Chavez et Maduro, et du courageux Nicaragua sandiniste, ils ont tous fini par faire allégeance.
Les efforts du Brésil et du Mexique pour desserrer l’étau nord-américain sont louables, mais faute d’une stratégie de rupture les résultats demeureront modestes. Le Moyen-Orient, lui, est complètement inféodé, à l’exception d’un grand pays qui affirme haut et fort sa souveraineté dans une lutte inexpiable contre Washington : tel est le cas de la République islamique d’Iran, qui depuis 1979 conjugue perspective révolutionnaire et idéologie religieuse.
Cette nation courageuse qui vient d’infliger une défaite humiliante au pire des criminels yankees sous l'égide des Gardiens de la Révolution révèle le ressort profond de l’anti-impérialisme : loin d’être intégré aux circuits mondiaux, l’Iran est une formation sociale dont l’élite dirigeante, viscéralement attachée à la souveraineté nationale, n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée.
En définitive, une chose est sûre : aucun pays capitaliste classique, qu’il appartienne au centre ou à la périphérie du système mondial, n’est véritablement souverain. Les dénégations qui sont celles de ses dirigeants ne changent rien à l'affaire, et les pétitions de principe dont ils se gargarisent sont de mesure nulle devant cette réalité : la véritable souveraineté est incompatible avec leur nature de classe.
La seule exception à la règle est celle des États-Unis d'Amérique, car ils constituent depuis 1945 le pôle hégémonique du capitalisme planétaire : ce sont eux qui fixent les règles conformément à leurs intérêts et s'assoient sans vergogne sur le droit international chaque fois qu'il s'oppose à leurs ambitions ou à celles de leur allié sioniste.
Encore faut-il s’interroger sur la nature de cette prétendue "souveraineté" des États-Unis : cannibalisée par une ploutocratie cupide et sans principes, elle traduit davantage la suprématie de cette classe parasitaire que la maîtrise de son destin par le peuple des États-Unis.
La véritable souveraineté, en effet, est indissolublement celle du peuple et celle de la nation : lorsque les intérêts bourgeois dominent ceux de la collectivité tout entière, la souveraineté populaire est bafouée et la souveraineté nationale n’est qu’une façade trompeuse !
La véritable souveraineté, nationale et populaire, étant incompatible avec la domination des classes possédantes, aucun pays capitaliste n’est donc véritablement souverain. Et, pour une raison symétrique, il n’y a aucun pays véritablement socialiste qui ne soit pas réellement souverain.
Car la propriété collective des leviers principaux de l’économie y fonde une souveraineté qui, forte de cette assise populaire, n’est pas une coquille vide : si aucune puissance étrangère n’a encore fait plier la Chine, le Vietnam ou Cuba, c’est précisément parce que le socialisme dresse un obstacle infranchissable devant la prédation impérialiste.
Représentant un milliard et demi d’êtres humains, les pays qui ont conquis leur indépendance nationale par une lutte populaire sans merci et résolument transféré à la collectivité la maîtrise de l’appareil productif illustrent cette loi de l’histoire : seul le socialisme réel garantit la souveraineté et constitue un antidote à l’impérialisme.
C’est dire toute la difficulté du chemin à parcourir pour une nation qui voudrait s’extraire de la gangue d’une domination retorse. Si demain la France veut recouvrer sa souveraineté, elle devra défaire un à un les liens de dépendance qui l’assujettissent au capitalisme mondialisé. Ce ne sera pas une mince affaire, mais la liberté est à ce prix.
Bruno Guigue
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