CUBA : Comment le Che, à l’ONU, a mouché le représentant des États-Unis
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Par Hedelberto López Blanch
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
En décembre, le froid de Manhattan aucune façon spéciale de pénétrer dans les os. Ce 11 décembre 1964, à 13 h 47, le ciel était bas et gris, comme s’il était déjà chargé de tension. Dehors, l’immeuble des Nations Unies s’élevait comme une lance de cristal et d’acier contre le fleuve : un monument moderne à l’espoir de paix. Mais à l’intérieur, dans la grande salle de l’assemblée générale, on ne respirait pas l’espoir, on respirait la Guerre Froide.
C’était l’un de ces après-midis dans lesquels le monde ressemblait à un échiquier géant et chaque mot pouvait se transformer en mouvement irréversible des années auparavant, la crise des missiles à Cuba avait mis la planète au bord de l’abîme nucléaire. Les blessures étaient toujours ouvertes. La méfiance était totale. Et là étaient assises, face à face, 193 délégations nationales mesurant des silences, pesant des regards, écoutant non seulement ce qui était dit, mais aussi ce qui s’insinuait entre les lignes.
Dans les gradins du public, les appareils photo des journalistes de tous les continents étaient prêts. Ils n’allaient pas couvrir un discours diplomatique de routine mais assister à un choc. Ils le savaient. Quand un homme comme Ernesto “Che” Guevara parlait, les mots cessaient d’être des mots pour devenir des faits.
Le Che est monté sur le podium avec un calme qui n’était pas un calme mais du contrôle. Il avait 36 ans mais sa présence emplissait la salle comme s’il en avait cent. Il portait son uniforme cet olive, impeccablement repassé pour l’occasion. La barbe coupée avec précision. Le béret avec l’étoile, parfaitement placé sur sa tête. Et ce qui frappait vraiment, ce n’était pas l’esthétique militaire, c’était son regard, intense, un rager de défi, chargé d’une conviction qui semblait capable de déplacer des montagnes.
Il s’est dirigé vers le micro avec l’assurance de quelqu’un qui avait entendu des tirs tout près de lui, qui avait vu des hommes tomber, qui avait vécu la victoire et la persécution. Chacun de ses pas résonnait dans le silence de la salle comme s’il marquait le rythme d’une histoire qui était encore en train de s’écrire.
Depuis la délégation du bloc socialiste - l’Union soviétique, la Chine, la Tchécoslovaquie, la Pologne - on le ragréait attentivement, comme on regarde un symbole vivant. Les pays d’Afrique et d’Asie récemment décolonisés - l’Algérie, le Ghana, l’Égypte, l’Indonésie - voyaient en lui une possibilité : l’idée qu’un petit peuple pouvait se camper devant une puissance géante et survivre. Mais dans la délégation des États-Unis, l’hostilité était presque tangible : visages tendus, rapports du renseignement en mains, un geste connu qui semblait dire : « Cet homme ne devait pas être ici. »
Parce que le Che n’était pas seulement un ministre cubain. C’était le visage d’une révolution qui avait défié l’empire le plus puissant du monde et qui, non seulement avait résisté mais avait changé le scénario. Et ceci, sur le théâtre de la Guerre Froide, était une provocation permanente.
Il s’est arrêté devant le micro, a regardé lentement autour de lui et a commencé.
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