Réponse sans ambiguïté à l'anticommunisme de Michel Onfray
Remarques sur « Vive la rébellion citoyenne ! » 12 février 2007
par Annie Lacroix-Riz
Il est intellectuellement plaisant mais politiquement sinistre de constater que « la ruse de la raison » a encore frappé. A quoi bon tant d’efforts de la part du parti communiste nominalement maintenu pour abdiquer tout son héritage communiste (les mots et les choses), rougir de l’histoire qui l’a fait grand et parfois, voire souvent, héroïque et multiplier les excuses et repentirs en tous lieux ? Ce moignon de parti transformé en ectoplasme et attendant quelques fonds pour L’Humanité et quelques sièges électoraux « cédés » par l’héritier de la SFIO, est, finalement, toujours victime de l’anticommunisme. L’antibolchevisme, ce bon vieux pivot de la pensée bourgeoise, a été récemment revendiqué par l’un des deux philosophes de ce trio de révolutionnaires présumés, notre nouvel Hegel si j’ai bien compris, qui confiait récemment (le 30 décembre 2006) ses états d’âme bouleversants d’audace à Sylvia Zappi, du Monde, journal qui a toujours soutenu le camp des transformations sociales et économiques profondes :
« Je me vois mal donner ma voix à la candidate de Lutte ouvrière, restée bloquée sur un logiciel des années 1920. Je n'ai pas plus envie de voter pour une LCR plus soucieuse de politique politicienne que de la misère française. Je ne voterai pas pour un PCF dont la direction n'a pas renoncé aux méthodes staliniennes. Un vote de conviction semble désormais impossible.
On peut alors choisir de rester pur et se cantonner à la seule éthique de conviction en votant blanc aux deux tours. On peut aussi mettre les mains dans le cambouis, composer une éthique de responsabilité : voter blanc au premier tour et Royal au second ; ou voter utile deux fois en choisissant Ségolène Royal. Ce qui suppose - ce que je crois - qu'à défaut d'idéal, on compose avec une gauche antilibérale responsable qui pense que la droite de Sarkozy, a fortiori celle de Le Pen, ça n'est pas la même chose que la gauche libérale des socialistes. »
Moins de deux mois après, M. Onfray stigmatise toujours le parti qui lui est aussi insupportable que quand il remplissait son office mais, pour le reste, il papillonne beaucoup : il se veut désormais « pur », s’échappe du « cambouis » et verse dans l’audace révolutionnaire. En faisant usage, il faut le reconnaître, de mainte expression que pourrait utiliser, qu’a utilisée le parti communiste nouvelle mouture, à commencer par « mettre les mains dans le cambouis », expression qu’il a fort prisée quand il a, sur les strapontins ministériels affectés par le parti socialiste au cours des récentes décennies, applaudi aux dénationalisations et autres « transformations de la vie des gens ». La pureté retrouvée de M. Onfray nous vaut donc le texte cosigné avec deux autres intellectuels, toujours publié (ce jour) dans Le Monde, journal qui, etc. :
150 ans après Marx et la précision de son vocabulaire (et de celui de ses continuateurs), précision dont les partis communistes avaient hérité, nous voilà dans le lyrisme rigoureusement creux, les grands mots généraux (c’est utile) mais privés en l'occurrence de contenu concret : « engagement politique » (en faveur de quoi ?), « réappropriation de la politique par les citoyens » (laquelle ?), « choisir ensemble notre avenir » (toutes classes confondues ?), je vous épargne « l'essence profonde de notre aventure collective » (ça doit être la touche philosophique), et je me demande si je suis historienne quand je lis des âneries telles que : « Au regard des générations passées » ; pour les « présentes », ce niveau de la politique illustre à quel degré de régression on est parvenu dans la partie du monde qui a créé le mouvement ouvrier organisé (contre l’ennemi de classe) ; et pour les « futures », j’espère qu’elles vont échapper à ce néant (voir la solution dans le dernier paragraphe). Lisez tout, l’ensemble est de la même farine, et c’est sis en dessous. Mais les choses concrètes ‑ du genre de « l’appropriation des grands moyens de production et d’échange », lesquels sont plus concentrés que du temps de « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », ou de l’exploitation du travail salarié, qui n’a pas faibli non plus ‑ ont été qualifiées de vieilles lunes, par M. Onfray, qui se dit partisan du capitalisme « libertaire » ‑ celui qui prive de nourriture, d’enseignement, de soins, etc. la moitié du monde et qui rend à la quasi autre moitié la vie de plus en plus dure, voir impossible.
J’ai le vague souvenir que M. Raoul Marc Jennar a déjà affiché un anticommunisme que lui aussi applique à un parti communiste qui a cessé de l’être. Mais il avait du temps de l’avant référendum du 29 mai 2005 présenté des analyses économiques qui permettaient d’attendre au-dessus de sa signature une autre littérature que ce « Vive la rébellion citoyenne ». Je n’ai pas de remarques à faire sur le passé de M. Yannis Youlountas, dont, vu mon insuffisante culture philosophique, j’ignore tout. Où sommes-nous descendus pour que de telles banalités puissent sembler audacieuses ou progressistes ? Sur « l'autre monde possible », relisez donc plutôt John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Paris, 10-18, 1963. Outre que c’est enthousiasmant sur 1917, ça pourrait donner des idées.
Bref, quand refait-on un parti communiste, un vrai, qui nous vaudra un anticommunisme bien mérité ? Car là, franchement, « c’est inzuste c’est vraiment trop inzuste » (comme dit Calimero) !


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