A propos de la Syrie : un auditeur écrit à Stéphane Paoli, journaliste à « France Inter ».
A « France Inter »
Monsieur Paoli,
J'ai écouté durant une demi-heure votre émission 3D, hier dimanche, pour « me faire un idée », comme on dit.
S ans grande surprise, j'ai assisté à une mise en onde, une de plus, de la version officielle des événements de Syrie.
V otre invitée a longuement parlé des horreurs qu'elle a vues, vous l'y aviez conduite tout naturellement en débutant votre émission sur le thème, chaque jour asséné, « la répression sanglante », la « barbarie », la « sauvagerie du régime ». Qu'il y ait des horreurs pendant les guerres, qui pourrait le nier ? Que votre intervenante, journaliste indépendante, ait vu des bras déchiquetés, des enfants tués, des femmes violées, des gens torturés, qui en douterait ?
Est-ce seulement cela, faire de l'information ?
I l me semble -c'est ce qu'on peut attendre du journalisme en tout cas- que faire de l'information ce n'est pas s'en tenir à une seule vision des faits, fut-elle celle de la version officielle. Mais rechercher, le plus « honnêtement possible », si cette expression a encore quelque valeur, la vérité sur une situation complexe, en interrogeant des témoins divers qui, forcément, s'ils ne sont pas triés, n'ont pas tous vu les mêmes choses selon les lieux et les circonstances. Les personnes rencontrées peuvent par ailleurs avoir d'éventuels partis pris.
V ous avez évoqué en une phrase rapide ces correspondants (dont j'étais) qui vous ont envoyé des mails (personnellement je dirais des courriels mais passons...), souvent argumentés, avez-vous précisé me semble-t-il, pour vous dire que les événements ne sont pas tels que les médias les présentent et que ceux-ci mentent. Vous vous êtes empressé de parler d'autre chose mais on ne pourra pas prétendre que vous l'avez passé sous silence.
F aire de l'information, à mon sens, aurait imposé que, parallèlement au reportage de la journaliste et aux dires de la représentante parisienne des « opposants », vous exposiez la ou les versions qui vous sont proposées par ces internautes, quasiment seuls à pouvoir disposer d'informations alternatives mais non moins fiables (on sait que ce n'est pas l'avis du monde journalistique !). Une question s'impose donc : pourquoi n'avez-vous pas invité des gens de retour de Syrie qui ont vu des choses diamétralement opposées à celles qui nous ont été rabâchées sans fin ? Il y en a.
Votre thèse, celle des médias et du pouvoir, est simple : s'il existe bien une opposition armée (qui doit faire des morts logiquement, non ?) elle est composée seulement de déserteurs, les personnes tuées sont des manifestants (civils et pacifiques, on suppose), le pouvoir syrien pratique la répression, « sanglante » cela va sans dire, en utilisant la police, l'armée, des mercenaires... et aussi, en bon français, des snipers.
O n reproche à un juge d'instruction partial instruire uniquement à charge, il faudrait s'intéresser aux juges d'information que sont les journalistes, en quelque sorte, qui n'informent la plupart du temps qu'à charge. C'est-à-dire, en occurrence, qu'en chargeant le pouvoir qui, géopolitiquement, ne convient pas au camp impérialiste auquel nous appartenons, hélas. Avant-hier l'Irak ou la Yougoslavie, hier la Libye, aujourd'hui la Syrie. Demain l'Iran.
L a réalité, je ne pense pas que vous puissiez l'ignorer, est que « l'armée syrienne libre », composée ou non de déserteurs qui ne la rendent pas pour autant légitime, est bel et bien une armée et qu'elle fait des victimes, plus de 1100 policiers et militaires, chiffre qui n'est guère diffusé mais incontesté, probablement aussi des civils, que des groupes religieux armés sévissent depuis l'origine et qu'ils ont pris naissance en zones frontalières (est-ce un hasard ?), que l'ensemble de la population n'est pas derrière eux, que les chrétiens notamment, dont vous vous n'avez jamais parlé, rejettent les violences contre le régime et enfin, surtout, que des puissances extérieures sont à la manœuvre par Turquie interposée dont Israël bien évidemment. Sur ce point, je vous renvoie à l'énorme, le monumental aveu de M. Bernard-Henri Lévy à propos de son engagement libyen dans l'intérêt de l'Etat juif, aveu autour duquel on s'est bien gardé de faire du bruit alors qu'il devrait pourtant ouvrir les yeux de ceux qui ne les ferment pas sciemment, à condition d'en parler sur les radios et sur les télés. Israël est toujours en état de guerre avec la Syrie dont il occupe une partie du territoire, faut-il le rappeler...
Face à cette situation, pouvez-vous imaginer qu'un pouvoir, quel qu'il soit, resterait les bras croisés ? Je vous pose vraiment la question. Ce même pouvoir affrontant une opposition armée exerce-t-il la répression « sanglante » d'un peuple ou se trouve-t-il impliqué dans une guerre civile ? Je vous pose vraiment la question. De même que je vous pose aussi vraiment la question : quand en reviendra-t-on (ou en viendra-t-on) à une information qui se permette de s'interroger sur la propagande ?
O ui, je vous pose vraiment toutes ces questions.
N ul ne doute, ou plutôt nul ne devrait douter s'il était informé, que tout cela est orchestré pour former les opinions à l'acceptation d'une intervention, plus ou moins armée, des « Occidentaux » dans le but d'abattre ce régime et/ou son dirigeant, comme pour la Libye.
J e vous remercie de m'avoir lu jusqu'au bout,
Avec mes meilleurs sentiments et toute ma sincérité.
Gaston PELLET
Le 28 novembre 2011
P.S. : J'aime beaucoup la Syrie que je connais mais je n'ai aucune sympathie particulière pour l'Etat syrien.


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