Aménagement du territoire: la cause rurale est une cause nationale !
Si l’on peut saluer la parité parfaite dans la composition du nouveau gouvernement, on ne peut que regretter qu’il n’en soit pas de même avec la ruralité, malheureusement totalement exclue, a contrario de la ville qui se trouve dotée d’un ministre délégué.
Puisque nous constatons qu’il n’y a pas davantage de ministère ou de mission interministérielle à l’aménagement du territoire, il y a fort à parier que c’est comme toujours une vision urbaine qui primera, compte tenu du profil respectif des membres du gouvernement qui exercent tous des mandats urbains ou sont issus des villes, et cela sans compter le poids des cabinets de stratégies politiques qui méconnaissent la ruralité.
Certes, la nouveauté réside en la création d’un ministère de l’égalité territoriale et du logement.
Sauf que la problématique du logement est d’une importance telle qu’il est à craindre que celle-ci supplante très vite l’égalité territoriale, dont finalement personne ne veut excepté les ruraux, comme l’attestent depuis des années les débats sur l’inégalité de la dotation générale de fonctionnement (DGF) ou la péréquation des ressources financières.
Le monde rural, par son vote, souvent extrême, a très clairement exprimé lors de l’élection présidentielle ses inquiétudes profondes quant à l’avenir des territoires et cela d’autant plus, que durant la campagne électorale, l’aménagement du territoire a été à peine évoqué. Un vote qui de, «protestataire» a tendance à s’enraciner, sans parler de l’abstention.
Enfin, la nomination à ce poste ministériel d’une personnalité issue d’un parti qui projette une vision urbaine et caricaturale de la ruralité n’est pas de nature à rassurer les acteurs et les élus des territoires ruraux.
Si François Hollande a évoqué à plusieurs reprises la notion de services de proximité, il est tout de même stupéfiant de constater à quel point les ruraux peuvent servir d’alibi ou de faire valoir aux élus nationaux... toujours sur des mots simples comme «modernisation»... , toujours dans le même moule, la même vision du territoire privilégiant les «résidences secondaires», sans jamais se pencher sur l’essentiel. C’est pourquoi nous avons invité élus et citoyens ruraux à interpeller les candidats aux élections législatives sur cette question.
Nous attendons un socle garantissant une qualité de vie égale pour tous. Une perception dans chaque chef-lieu de canton est-elle vraiment utile ? Pas sûr. En revanche, pouvoir être soigné sur l’ensemble du territoire, avoir du très haut débit pour pouvoir faire du télétravail chez soi, un bureau de poste, cela fait partie d’un bouclier de services publics. L’aménagement du territoire doit servir les citoyens dont la qualité de vie est conditionnée par ce service minimum.
La péréquation est aussi dans l’équilibre du territoire, alors que la réalité montre un nouveau mouvement du milieu urbain vers le milieu rural.
En milieu rural comme en milieu urbain, il doit y avoir des médiateurs. Il faut les définir. En commençant par un secrétariat d’Etat clairement identifié à la ruralité et à l’aménagement du territoire -non un secrétariat «alibi»- et un discours clair.
Quelle est aujourd’hui la position du gouvernement par rapport aux fonds structurels dont les financements repartent en 2014 pour cinq ou six ans ? C’est fondamental car ces fonds irriguent en grande partie l’aménagement du territoire rural.
Tout cela mérite d’interpeller les candidats. Et moi j’ai envie de leur demander de se positionner clairement, au delà des mots, sur la mise en place d’un vrai secrétariat d’aménagement du territoire en faveur des ruraux où toutes les thématiques rurales d’égalité du territoire, de péréquation, d’infrastructures seront évoquées. La cause rurale est une cause nationale, indispensable à l’équilibre mental d’une société comme la nôtre. Couper le lien nourricier à la terre, a fortiori dans ce monde de plus en plus virtuel, c’est perdre l’essence d’une société. Au delà des enjeux d’égalité, il y a un enjeu collectif, d’équilibre.
Je suis médecin de campagne. Le Conseil de l’Ordre des médecins propose de limiter les dépassements d’honoraires et de contraindre les nouveaux médecins à s’installer là où ils ont été formés pour cinq ans. J’aurais préféré que cela émane des politiques, mais ce positionnement montre bien qu’on ne peut plus continuer comme ça. L’égalité du territoire, c’est je le répète, pouvoir être soigné -par le médecin, le dentiste, le kiné, l’infirmière- aussi bien en campagne qu’à Paris. Si la médecine est effectivement un service public, certaines mesures, qui ne feront pas plaisir à tout le monde, sont à prendre. Les chiffres sont clairs : 25% des pharmacies rurales vont fermer !!! Aujourd’hui, il vaut mieux un bon cabinet médical qu’une perception qui ne sert plus à rien. Idem pour le très haut débit, indispensable en milieu rural. Outre le fait que l’économie numérique est une économie de développement durable, c’est un défi pour l’avenir.
Il faut le marteler sans cesse, pour que nos représentants prennent ces sujets en considération, de manière sérieuse.
Philippe DUCENE,
médecin, maire de Sainte Alvère (Dordogne),
responsable départemental
de l’Association des Maires Ruraux de France
Jeudi 7 Juin 2012
(Forum des lecteurs de L'ECHO)


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