Après la polémique sur la viande halal
Ouf, nous voilà sortis de la grande affaire du moment, la question qui préoccupait tous les Français : mangions-nous de la viande halal sans le savoir ? Lancer, à défaut de programme cohérent, un sujet de société sur le marché médiatique, le candidat président sortant en a fait sa spécialité et son arme de destruction massive préférée.
Au cours des dernières semaines, nous avons eu droit aux fraudeurs aux prestations sociales, aux arrêts maladie injustifiés, aux chômeurs qui ne veulent pas travailler. L’hameçon est gros mais l’appât si alléchant : qui n’a connu ou entendu parler un jour ou l’autre d’un abus de ce genre ? Et d’alimenter les conversations autour de la table familiale ou de la machine à café. Les grands patrons du CAC40, qui ont totalement ou partiellement échappé au fisc en 2010, on ne les connaît pas personnellement, comment s’en prendre à eux ?
Quant à la dernière trouvaille, l’abattage rituel à notre insu, on nous l’a servie au nom du bien-être animal ! Notre B.B. (front) nationale avait ouvert la voie depuis plusieurs années, Marine l’a relancé, Nicolas serait prêt à le faire... si par malheur il rempilait, ce qu’au diable ne plaise.
Voilà le type même de sujet de société qui peut alimenter (pardon pour le jeu de mots involontaire) les surenchères, les fantasmes, les assimilations hâtives -«égorgeur», «fanatique», «terroriste»- bref stigmatiser toute une communauté.
Et pourtant le sujet, si on voulait bien le prendre dans toute sa dimension, dépasserait largement le cadre des abattoirs. Entre parenthèses, la question se pose pour ceux qui peuvent mettre au moins de temps en temps de la viande dans leur assiette et dans celle de leurs enfants, en aucun cas pour des centaines de milliers d’enfants du Sahel dont un bol de riz constitue l’ordinaire, et encore !
Mais restons dans nos régions relativement privilégiées. Si l’on veut parler de bien-être animal, il faut l’entendre de la naissance jusqu’à la mort des bêtes, ce qui comprend donc l’élevage, le transport et in fine, l’abattage.
Alors oui, traitons la question, toute la question. Parlons des poules élevées en batterie, des vaches soumises à un régime intensif pour produire jusqu’à 10 000 litres de lait par an, des porcs qui ne voient jamais la lumière du jour. Osons remettre en question un modèle d’élevage intensif qui fait vivre des animaux dans des conditions contre-nature, en même temps qu’il ruine l’agriculture paysanne, pousse à toujours plus de concentration pour le profit de quelques-uns, exploite à nos portes (n’est-ce pas Madame Merkel ?) une main-d’œuvre immigrée sous-payée !
Ces messieurs et dames de la droite de plus en plus extrême se gardent bien d’ouvrir une telle boîte de Pandore. Il est tellement plus facile de lancer un prétendu sujet de société comme on lance un nouveau tube, en le faisant passer en boucle sur les ondes. Pour le coup l’opération a fait «pschitt». Il n’empêche que la question d’un nouveau modèle d’agriculture et d’élevage demeure. Elle ne fait pas peur au Front de Gauche, puisqu’elle est partie intégrante de son programme.
Samedi 10 Mars 2012
Claude T., Limoges
Source : Forum des lecteurs de L’ECHO de la Haute-Vienne



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