BRETAGNE: Un "pacte" contre la démocratie
L’EDITORIAL d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
Le « pacte d’avenir pour la Bretagne » (94 pages !) rendu public, conjointement, par la « région Bretagne » et la « République française » la semaine passée (1) ne cache pas sa fonction : constituer « un cadre stratégique orientant la mise en œuvre des politiques publiques de l’Union européenne, de l’Etat et de la région ».
Ainsi donc, au moment même où le mouvement de rejet de la politique du gouvernement suscite des mobilisations s’élargissant sans cesse à des couches nouvelles, le pacte enjoint (article 2) d’« accompagner les restructurations ». A cet effet, le « dialogue social » permettra « de mobiliser les principaux acteurs sociaux, économiques du territoire, les entreprises, les salariés et les partenaires sociaux » à la mise en place d’une « GPEC (gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences) territoriale ». Il instaure également (article 5) la « simplification des procédures », préconisant (titre VII), au nom de « la reconnaissance du fait régional et des spécificités bretonnes » d’instituer «l’organisation différenciée des institutions publiques en Bretagne » et donnant mandat au préfet de région de mener «une mission d’expérimentation de plusieurs mesures de simplification administratives ».
Voilà donc la réponse du gouvernement « de gauche » Hollande-Ayrault à l’explosion légitime des ouvriers et des paysans confrontés à la liquidation en masse des usines : un pacte qui entérine les plans de licenciements décidés et disloque le cadre collectif du Code du travail, des conventions collectives et des services publics, par la régionalisation de la République ! Un pacte qui prétend associer les organisations ouvrières à cette entreprise de destruction, en l’anticipant et la planifiant dans le cadre de la GPEC et de l’application de la loi issue de l’ANI !
Pacte Bretagne, pacte Lorraine, remise en cause du statut de 1950 des enseignants, tentative de disloquer l’école de la République en école des territoires, menace contre la Sécurité sociale (ce socle qui fonde l’unité de la classe ouvrière à l‘échelle de tout le pays) : tout est lié dans la politique réactionnaire d’inspiration corporatiste du gouvernement (2).
Le mouvement ouvrier doit-il participer à l’élaboration de tels pactes ?
Cette question ramène à celle, centrale pour la classe ouvrière et la démocratie, de l’indépendance du mouvement ouvrier.
C’est en relation avec cette situation que le bureau national du Parti ouvrier indépendant a décidé d’intervenir dans la campagne municipale, en précisant : « De quoi partons-nous ? Du mouvement de rejet de la politique du gouvernement et de l’Union européenne tel qu’il s’exprime dans la lutte de classe (…). Il s’agit pour nous, en pointant du doigt la responsabilité de l’Union européenne — en particulier la sinistre farce des prochaines élections à un prétendu Parlement dont la seule fonction est de contribuer à l’étranglement des travailleurs, des peuples et de la démocratie —, de faire des municipales, et du groupement réalisé dans ce cadre, un point d’appui qui permette de formuler une nécessité : celle du rassemblement de toutes les forces ouvrières et populaires avec les organisations ouvrières et les élus en un vaste mouvement d’ensemble pour bloquer la politique du gouvernement aux ordres du capital financier. »
(1) Les deux logos figurent, côte à côte, sur la couverture du document.
(2) Ce qui n’empêche pas Troadec, porte-parole des prétendus « Bonnets rouges », d’estimer que ce pacte ne va pas assez loin.
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