Crise : serions-nous devenus pauvres ?
Des années 70 à aujourd’hui, le Produit Intérieur Brut (PIB) a été multiplié par 13. C'est-à-dire que les richesses produites par l’activité économique (dont le cœur est l’industrie et les services) a une valeur financière, hors inflation, qui passe de l’équivalent de 200 milliards d’euros (à l’époque c’étaient 1 300 milliards de Francs) à 2 600 milliards d’euros.
On est donc treize fois plus riche, et on crie à la crise ! Bizarre quand même ! Ce qui est encore plus bizarre, c’est que le SMIC n’a, lui, été multiplié que par quatre et demi, passant de 2 euros l’heure à 9 : moins de la moitié !
Plus fort encore, le salaire médian (la moitié des salariés gagnent moins, la moitié gagnent plus) est passé de 17 490 euros par an en 1970 à 28 740 en 2009, soit une petite multiplication d’environ 1,5.
Donc, la richesse annuelle a été multipliée par 13, le SMIC par 4 et demi, le salaire médian par 1 et demi : conclusion, il y en a qui se sont gavés !
D’autres indices le montrent. Le PIB, richesses produites, est redistribué d’une part en salaires (et pensions), et d’autre part en profits. Dans les années 70, la répartition était à peu près 70/30.
Aujourd’hui, environ 60/40. C'est-à-dire que 10 % du PIB a subtilement glissé du travail vers le capital. Or, 10 % de manque à gagner de 2 600 milliards, ça fait 260 milliards. Sur environ 25 millions d’actifs, le manque à gagner mensuel est de près de 900 euros !
Et c’est un minimum ! Parce que dans ces mêmes trente ans, le capital a salarié ses revenus. C'est-à-dire que dans la part « salaires » du PIB, il y a une part « profits » camouflée en salaires : les rémunérations des « grands patrons » en donne une idée.
De plus, l’Observatoire des Inégalités a calculé, selon les données de l’INSEE, que sur les dix ans entre 1998 et 2008, l’accroissement de richesses à répartir en salaires a été d’environ 260 milliards. Les 10 % des plus bas salaires ont pu en gratter moins de 3 %, alors que les 10 % des plus hauts revenus ont pu en accaparer plus de 30 %. Cela veut dire que la pente de l’inégalité est de plus en plus sauvagement savonneuse !
En somme, la richesse nationale s’est accrue dans de vastes proportions, et le capital s’en est gavée. Pendant ce temps, la classe ouvrière, les employés, les fonctionnaires, voyaient leur niveau de vie décliner. Bien sûr, toutes les organisations ouvrières connaissent ces faits. Elles sont pourtant restées d’une grande discrétion pour les faire connaitre !
Et maintenant, la soi-disant crise de la dette veut nous faire admettre que nous vivons au-dessus de nos moyens ! C'est-à-dire qu’il faudrait qu’on accepte, volontairement, de nouvelles baisses de revenus pour rembourser une dette illégitime (voir Résistance 22). C’est la lutte de classe qui fait rage. Et pour l’instant ce sont les riches qui gagnent ! Mais ça ne va pas durer !
DR
Source : « Résistance.fr » n° 23 – novembre 2011


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