ESPAGNE 2014 : Rencontre avec un militant communiste espagnol [Collectif Communiste Polex]
Le Collectif communiste Polex a reçu le 25/01/2014 Aron Cohen, universitaire à Grenade, communiste espagnol, sur la situation actuelle de son pays.
La société espagnole a été ravagée par les politiques d’austérité mises en place par le gouvernement socialiste de Zapatero, et aggravées par celui de la Droite (Partido popular de Rajoy), dans le cadre des directives de l’Union européenne. Le discours officiel se félicite de la « reprise » (+ 0,1 % au troisième trimestre 2013, -1,1 à -1,3 % prévu pour l’ensemble de l’année), mais la réalité est dramatique : les banques ont été « sauvées », mais le PP organise le démantèlement des droits sociaux. 16 % des salariés sont aujourd’hui précarisés par des contrats à temps partiel. La baisse des salaires dans le secteur public a atteint 5 % par an, et les pensions de retraite augmentent moins vite que le taux d’inflation. La dette publique atteint aujourd’hui 93 % du PIB et on prévoit qu’elle dépassera 100 % en 2015. Le chômage touche officiellement 26 % de la population active, 55 % des moins de 25 ans et jusqu’à 36 % en Andalousie. Dans 1.800.000 familles d’Espagne, tous les adultes sont chômeurs. Le taux de remplacement des salariés du secteur public partant en retraite ne dépassa pas 10 %, notamment dans l’éducation. L’Espagne est redevenue un pays d’émigration, notamment vers l’Allemagne, la Grande-Bretagne et certains pays d’Amérique latine. Cette situation n’atteint pas seulement la classe ouvrière, une partie des « classes moyennes » est aujourd’hui en situation de détresse.
Face à cela les mouvements de protestation n’ont pas manqué. Ils ont souvent pris la forme de manifestations « informelles », les « marées » (en défense du système de santé et de l’éducation publics, contre les évictions de dizaines de milliers de ménages privés de leurs logements), ou les « indignés ». Des mouvements de grève, comme ceux des mineurs, ou des éboueurs de Madrid, ont obtenu des victoires partielles. Ce fut le cas aussi à Burgos, le vieux centre franquiste, où un vaste mouvement citoyen contre la corruption urbanistique a réussi à empêcher la restructuration d’un quartier (Gamonal).
Malheureusement, cette exaspération ne se traduit pas en expression politique qui soit à sa hauteur. Le PCE, qui avait encore une grande capacité d’organisation des luttes populaires à la fin du franquisme, s’est laissé aller dès la direction de Santiago Carillo à l’opportunisme conciliateur : il a accepté sans protester une « transition » qui laissait en place les principales structures de la dictature, et l’insertion dans une communauté européennne au service des multinationales capitalistes. Le PCE est aujourd’hui ignoré des jeunes générations : en fait, il s’est dissous dans « Izquierda unida », qui a quelques succès électoraux mais peine à se faire une présence significative dans les luttes populaires. Le sentiment le plus répandu en Espagne est l’hostilité contre les banques et contre « los politicos », assez facilement récupérable par n’importe quel courant politique, y compris ceux d’extrême droite, toujours influents dans le PP.
En Andalousie, où IU fait partie du gouvernement régional, ses dirigeants se flattent de limiter ainsi la casse sociale, mais ce « moindre mal » ne fait pas l’unanimité notamment dans les secteurs les plus combatifs de l’opposition au PP et au diktat de la troïka. Et leurs discours lénifiants sur une « autre Europe » possible n’arrangent pas les choses.
A la suite des scandales financiers et judiciaires qui ont éclaboussé la famille royale, les sentiments républicains s’expriment beaucoup plus qu’avant. Et l’actualité est marquée par les revendications autonomistes ou séparatistes, notamment en Catalogne (annonce par le gouvernement régional d’un référendum sur l’indépendance en novembre 2014) et au Pays Basque (arrêt des attentats de l’ETA, mobilisations pour le rapprochement des prisonniers d’Euzkadi dont la dernière manifestation a réuni plus de 100.000 personnes). Les revendications séparatistes peuvent parfois servir à la bourgeoisie régionale de moyen de récupération politique. Mais les communistes d’Espagne, qui ont toujours été favorables au droit à l’auto-détermination, et à une république fédérale, ne doivent pas sous-estimer ces problématiques, souvent porteuses de revendications démocratiques et anticapitalistes.
Les communistes d’Espagne, souvent désemparés et dispersés en groupes séparés (PCE, PCPE, et hors parti) ont encore du chemin à faire pour reconstruire leur unité sur des bases de lutte contre l’austérité capitaliste et l’Union européenne.
Compte-rendu réalisé par le secrétariat Polex.
source: http://www.collectif-communiste-polex.org/


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