« Habemus Papam » : l’affaire exclusive des catholiques ? (tribune libre)
Depuis le 13 mars 2013, le collège des cardinaux a désigné l’Argentin Bergoglio comme nouveau Pape de l’église catholique, sous le nom de François (1er). Cette nomination va évidemment avoir des conséquences pour les centaines de millions de catholiques sur le plan religieux, en matière de dogme et de pratiques. Nous n’avons pas à en débattre, cela ne concerne que les croyants et pratiquants de ce culte.
Mais on ne peut ignorer naïvement les conséquences politiques mondiales d’un changement de Pape, qui va influencer les fidèles de la religion la plus répandue sur la Terre. Les dirigeants des états les plus puissants ont toujours observé de très près cet événement, et cherché à l’orienter à leur profit.
Souverain absolu de droit divin au sein de l’Eglise, le pape est désigné par les cardinaux, qui ont été choisis par son prédécesseur au Vatican : ils ne sont en rien représentatifs des fidèles et du clergé de leurs pays, auprès desquels ils n’ont aucune autorité ecclésiastique, mais le sont des Pontifes qui les ont nommés. Ainsi ceux, actuels, d’Amérique Latine, ont été depuis vingt ans désignés par Jean Paul II, puis Benoît XVI, parce qu’ils y étaient de fermes opposants à la « théologie de la libération », et aux tendances les plus progressistes des prêtres et des fidèles de ce continent.
Durant le dernier demi-siècle, la Papauté a été incarnée par des personnages politiquement très dissemblables. De 1939 à 1958, Pie XII a été animé d’un antisoviétisme virulent, qui l’a conduit successivement à favoriser ostensiblement les fascismes espagnols ou croates, à aider les nazis vaincus à fuir leur châtiment après 1945, à excommunier les communistes comme « intrinsèquement pervers ». Par contre, dans un rapport de force favorable aux mouvements révolutionnaires, antifascistes et d’indépendances nationales, le Pape Jean XXIII qui lui succéda (1958-1963) infléchit l’Eglise catholique dans le sens des aspirations à plus d’égalité sociale, d’une écoute plus attentive de la masse des fidèles et des prêtres. Le balancier revint à droite à l’inverse au cours des dernières décennies du 20ème siècle, dans un contexte marqué par l’effondrement de l’URSS, et son corollaire, la contre révolution idéologique et l’affaiblissement des mouvements révolutionnaires et « tiers-mondistes ».
Jean Paul II (1978-2005), issu d’un catholicisme polonais profondément réactionnaire, fut l’un des acteurs essentiels de la disparition des régimes socialistes de l’Est européen : il avait été choisi pour cela. Son successeur, le théologien allemand Benoît XVI, fut de 2005 à 2013, porteur aussi de cette volonté contre-révolutionnaire : face à un continent latino-américain qui est à la fois le plus catholique et le seul parsemé d’expériences progressistes (qui sait, en France, que Chavez se réclamait à la fois de Marx et du Christ ?), il n’eut de cesse d’éliminer les évêques, prêtres et fidèles, tentés par la « théologie de la libération » et le socialisme. Parallèlement, il a tenté de réinstaller dans l’Eglise européenne les intégristes fascisants, et favorisé au sein du Vatican les tenants de l’Opus Dei, sorte de « franc-maçonnerie » catholique, élitiste et ultra libérale. Ses choix ont été quelquefois contradictoires, parce que l’univers catholiques est contradictoire (Benoît XVI a su ainsi condamner les colonisateurs israéliens en Palestine, et se distancier de l’impérialisme occidental agressant la Syrie). Ces contradictions, dans un monde qui n’est plus dirigé sans contestation par le seul capitalisme occidental, sont peut-être une des raisons de la démission surprenante de Benoît XVI…
Le choix de son successeur est pour le moins porteur d’enjeux importants. Certains stratèges de l’impérialisme, à Washington ou ailleurs, rêvaient déjà d’un Pape issu d’Amérique Latine, et prêt à y jouer, à la Havane, Caracas ou Rio, le rôle réactionnaire et destructeur que joua il y a vingt-cinq ans Jean Paul II à Varsovie. L’avenir dira si leurs plans seront déjoués, ou si, à l’inverse, la Papauté saura tenir compte des volontés d’émancipation des peuples d’Amérique et d’ailleurs : rien n’est écrit d’avance de leur histoire et de leurs luttes.
Et cela ne concerne pas que les catholiques…
Le 12 avril 2013
François Arzalier
Source : Collectif communiste Polex


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