Hénin-Beaumont : Jean-Luc Mélenchon est-il vraiment « bienvenu chez les ch’tis» ?
Quelques éléments de réflexion des communistes du réseau : « Faire vivre et renforcer le PCF » :
Hénin-Beaumont, pourquoi un tel risque ?
Jean-Luc Mélenchon est donc candidat dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais, face à Marine Le Pen. Sur ce site, on attendra bien sûr l’analyse que fera Hervé Poly, secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, qui construisait depuis des mois la bataille militante contre le FN à Hénin-Beaumont...
La fédération du Pas-de-Calais a validé la proposition que faisait la direction nationale du PCF, ce qui a bien sûr surpris les nombreux communistes qui savent que cette fédération avait donné une large majorité aux votes d’opposition dans les congrès du parti et dans la consultation pour le candidat à la présidentielle.
Si les membres du conseil départemental du Pas-de-Calais ont certainement pesé tous les aspects de cette décision, ils devront aussi les expliquer à tous les communistes qui sont attentifs à leurs positions.
Car cette décision peut être interprétée au plan politique comme l’aveu d’une incapacité d’un candidat communiste à battre le FN ! Or, au contraire, on peut même penser que ce sont les mieux placés, tant la réussite de Marine Le Pen repose notamment sur son enracinement dans un vote ouvrier de refus de l’Union Européenne et de la concurrence généralisée qui apporte la désindustrialisation et la pauvreté.
Il est même sans doute dangereux de penser qu’on peut battre Marine Le Pen avec une bataille très médiatique, très « parisienne ». Au contraire, l’enracinement de Hervé Poly dans la circonscription, son travail militant de longue haleine (il évoquait il y a peu les 1000 personnes rencontrées au porte à porte) rendait plus difficile au FN de se présenter comme le représentant du peuple face au système. De ce point de vue, le risque existe que le parachutage de Mélenchon, l’emballement médiatique qu’il provoque, favorise un effet de rejet d’une candidature décidée à Paris, donnant des arguments au FN.
Les résultats du premier tour de la présidentielle ont d’ailleurs montré les limites de la candidature Mélenchon dans la région. Si sa campagne a porté ses fruits dans les centres des grandes villes, dans le Sud-Ouest, chez les enseignants, il n’a pas pu freiner l’érosion du vote communiste dans le monde ouvrier, et notamment dans le Nord-Pas-de-Calais. Le vote Front de Gauche de 2012 est très en dessous du vote PCF de 1995.
A Hénin-Beaumont même, les chiffres sont éclairants. Robert Hue avait atteint 15,5% en 1995, loin devant Jean-Luc Mélenchon qui reste en 2012 à 11,98%. Si on tient compte que LO est dans le même temps passé de 5,91% à 0,8%, le total de la "gauche de la gauche" chute avec le Front de Gauche de moitié, passant de 21,46% à 12,78% !
C’est donc bien une situation très différente de la moyenne nationale dans laquelle rien n’indiquait la pertinence de ce choix. A l’opposé, Jean-Luc Mélenchon pouvait sans doute passer devant le PS dans les circonscriptions où il déborde largement du vote communiste. Mais s’il y a un type de circonscription où la « dynamique Mélenchon » n’existe pas, c’est bien ici, dans cette terre ouvrière qui cherche comment dénoncer avec vigueur la construction européenne et l’Euro, ce que faisait le parti communiste jusqu’au référendum de Maastricht, et ce que ne peut faire Jean-Luc Mélenchon toujours les mains liées avec les promesses de l’Europe sociale !
Enfin, comment comprendre l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon comme représentant des communistes du Pas-de-Calais dans le contexte des débats des communistes sur leur stratégie ? Du point de vue de tous ceux qui rêvent de transformer définitivement le Front de Gauche en force politique, digérant le PCF, c’est un pas de plus, dont la première conséquence sera de placer Jean-Luc Mélenchon comme porte-parole des députés Front de Gauche, donc comme porte-parole national des députés communistes.
Il est donc difficile de comprendre cette décision: :
- elle représente un risque pris par Jean-Luc Mélenchon, ce qui pourrait être à son honneur, sauf si en fait, il repose sur un accord avec le PS [1],
- elle représente un risque pour les communistes, dépossédés en quelque sorte de la bataille de terrain dans le classe ouvrière, bataille décisive pour eux dans l’effort de reconstruction du parti,
et surtout, elle est un risque pour la circonscription, sous le feu des médias au grand plaisir de Marine Le Pen qui pourra surfer sur la fracture sociale pour dénoncer les candidats du système politico-médiatique.
Il est vraiment nécessaire que la direction fédérale du Pas-de-Calais explique les raisons qui l’ont conduit à cette décision.
[1] Ce qui pour l’instant ne semble pas être le cas


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