Histoire : Front populaire et colonialisme
En 1936, Le Front populaire a ignoré la question coloniale.
Si son programme prône « la justice pour les indigènes des colonies », concrètement, il se limite à prévoir la constitution d'une « commission d'enquête parlementaire » chargée de s'informer « sur la situation politique, économique et morale dans les territoires français d'outre-mer ».
Créée en juillet 1936, cette commission suspend son activité en février 1938 sans aucun résultat.
La seule mesure à mettre au crédit du Front populaire est l'amnistie partielle accordée aux prisonniers politiques : 1.100 détenus sur 1.900 sont libérés des bagnes.
Pour l'Algérie, un projet de loi visant à conférer la qualité d'électeurs à 25.000 « indigènes » - sur 6 millions - est abandonné en dépit de sa portée très limitée.
Parmi les raisons qui expliquent cette inaction figure la présence du Parti radical parmi les partis constitutifs du Front populaire. Celui-ci est un partisan résolu de la politique coloniale de la France et est opposé à toute forme d'autonomie ou d'indépendance des peuples colonisés.
Le Parti communiste, lui-même, estime que « l'intérêt des peuples coloniaux est dans l'union avec le peuple de France ». Il s'oppose aux revendications nationalistes et condamne les soulèvements des populations des colonies au prétexte qu'ils pourraient être suscités ou exploités par les puissances fascistes. [1]
Pour Mathias Bernard [2],« la politique coloniale du Front populaire laisse apparaître un écart considérable entre des intentions réformatrices et une action qui conduit finalement au statu quo, faute d’une volonté politique affichée par Léon Blum ». [3]
Quant au dirigeant tunisien Habib Bourguiba, il résumera le sentiment qui prévaut au sein des mouvements de libération :
« Le Front populaire n'a pas désarmé ses adversaires, mais il a déçu ses amis ».
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[1] Michel Margairaz, Danielle Tartakowsky, Une histoire du Front populaire, l'avenir nous appartient, Larousse, 2006.
[2] Mathias Bernard, Le Front populaire, Essentiels Milan, 2006. Mathias Bernard est professeur d'Histoire contemporaine à l'université de Clermont-Ferrand II.
[3] Alors que les armées françaises et espagnoles massacraient les populations du Rif au Maroc, Léon Blum déclare en 1925 : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même niveau de culture ».
Jean-Pierre Dubois


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