Il est temps de reprendre l'initiative ( un article du Parti Communiste des Ouvriers de France)
Editorial du journal " La Forge " n° 539 - Avril 2013
La réforme de la collectivité territoriale d'Alsace qui visait à créer une super région par fusion des deux départements et du conseil régional, a été rejetée par référendum. C'est un camouflet pour la droite, à l'origine de ce projet, pour le gouvernement Hollande qui l'a soutenu et pour toutes les forces qui veulent imposer l'Europe des régions, taillée pour les grands groupes, qui organise la concurrence entre régions, favorisant les plus riches, au détriment des autres.
Le Front de gauche a mené campagne pour le “non”, en l'inscrivant dans sa mobilisation contre la politique d'austérité du gouvernement Hollande-Ayrault et en dénonçant la volonté de la droite de se doter de moyens politiques, économiques et institutionnels pour asseoir son emprise politique sur la région. Avec les forces du Front de gauche, notre parti a contribué à ce que s'exprime un “non” de gauche, progressiste, solidaire, et à faire grandir la volonté de rupture avec le système capitaliste en crise. Le succès du meeting du Front de Gauche à Mulhouse, point fort de la campagne pour le ”non”, a montré son potentiel de mobilisation et sa capacité à incarner une véritable alternative. Certes, c'est encore limité, en termes d'audience de masse - le fort taux d'abstention au référendum le montre - mais c'est un signe d'espoir qu'il faut faire grandir.
Dans le contexte des politiques d'austérité imposées dans tous les pays, d'attaques tous azimuts contre les droits et les acquis des travailleurs, de liquidation des mécanismes de protection sociale… les travailleurs et les peuples cherchent à résister ensemble, à faire bloc contre les attaques du capital. Ils refusent de se laisser abuser par ces entreprises de division et les promesses fallacieuses qu'on a beaucoup entendues dans la bouche des partisans du “oui” au référendum en Alsace, de vie meilleure grâce à plus de compétitivité et de dynamisme de la “grande région”.
La solidarité, oui, la compétitivité, c’est non !
Ce sont les arguments des partisans de l'accord Medef-Cfdt, ce sont ceux qu'on entend partout, en Grèce, en Espagne, au Portugal, à Chypre… qui justifient les politiques d'austérité par la nécessité d'accroitre toujours plus la compétitivité et qui plongent les peuples dans la misère, jettent les travailleurs à la rue. La course à la “compétitivité”, c'est la course aux profits pour l'oligarchie financière, les grands groupes et les banques, de la même façon que le dogme de la réduction de la dette publique leur sert à nous faire payer leur crise.
Avec le diktat imposé au peuple de Chypre par les représentants de la finance européenne et internationale, leur racket s'étend à tout détenteur d'un compte bancaire, et pas seulement aux investisseurs russes ! Le message est clair et s'adresse à tous les peuples de l'UE : on s'en prendra à vos économies pour renflouer les banques qui se sont enrichies par la spéculation et ont été encouragées à le faire par le système des paradis fiscaux et les mécanismes permettant l'évasion fiscale pour les plus riches.
L’oligarchie financière, c’est les “affaires” et la corruption
Il en est beaucoup question actuellement, de ces paradis fiscaux et de l'évasion fiscale. En France, avec “l'affaire Cahuzac” qui n'a rien d'un cas individuel, mais qui est le révélateur de cette société basée sur l'enrichissement à tout prix, l'individualisme forcené, et l'assurance de l'impunité garantie par le statut social et les relations. Mais il est aussi beaucoup question de corruption et d'affaires, en Espagne, où la monarchie est impliquée, sans parler de l'Italie berlusconienne ou de l'ultralibéral Royaume Uni. Les banques allemandes sont également épinglées… Partout, on retrouve l'imbrication entre les milieux d'affaires et les hautes sphères de l'Etat. Partout est montrée du doigt l'oligarchie financière. Partout est dénoncé le diktat de la troïka et des autres instruments au service des intérêts de l'oligarchie qui impose l'austérité aux peuples, s'enrichit sur leur dos et dicte sa loi aux gouvernements qui s'exécutent.
Que la colère se transforme en mobilisations
Cette colère s'exprime en grand, au Portugal, où les manifestations sont à chaque fois plus puissantes, en Espagne, où elles sont quasi quotidiennes, sans parler de la Grèce et de Chypre, où le peuple a commencé à se mettre en mouvement.
Chez nous, des rendez-vous sont donnés, qu'ils portent sur des questions précises ou qu'ils posent des questions politiques plus générales. Il y a la manifestation et les mobilisations qui continuent le combat contre l'accord Medef-Cfdt-Ayrault, même si le gouvernement parvient à le faire voter. Il y a la chaine humaine du 11 mai, contre le projet d'aéroport à Notre Dame des landes. Avant, il y a le Premier Mai. Et il y a maintenant la marche du 5 mai, à l'initiative du Front de gauche, largement ouverte à toutes les organisations, à tous ceux et celles qui veulent un changement de fond.
Dans ces différentes mobilisations, nous porterons les exigences d'une république sociale et démocratique, d'une politique en faveur des intérêts ouvriers et populaires, d'une solidarité active entre tous les peuples d'Europe qui subissent les mêmes politiques et avec les peuples d'Afrique qui combattent les ingérences des puissances impérialistes et qui ne veulent pas d'une “recolonisation” par l'impérialisme français, comme au Mali.
Oui, il est temps de reprendre l'initiative.


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