Jules Ferry contre Jean Jaurès
Jules Ferry contre Jean Jaurès
La vérité historique ne tolère pas d'être limitée !
Un porte-voix du président élu commentait ce matin lundi 14 mai 2 012 les messages symboliques de François Hollande : il reconnaissait d'abord que Jules Ferry s'était vu reprocher de son vivant le combat qu'il menait contre le mouvement de revendication socialiste de notre peuple, ainsi que son racisme colonialiste.
Un fait important est en effet que Jules Ferry défendait ardemment, et par la force armée, le capitalisme contre la revendication populaire de socialisme, et justifiait le colonialisme, dont il fut un ministre très actif, par une théorie de la division de l'humanité en races inégales, qu'il avait d'ailleurs inscrite dans les programmes et dans les manuels de l'école publique.
Après avoir reconnu cela, qui est la réalité de l'histoire et qui dément la réputation d'instituteur de laïcité dont jouit encore le personnage de Jules Ferry, le même commentaire recommandait « d'écarter l'image du Jules Ferry raciste et antisocialiste, qui appartient au passé » !
Mais a-t-on le droit d'effacer cette image ? A-t-on le droit de redessiner le passé selon les convenances des puissants d'aujourd'hui ? Non ! Nul n'a ce droit !
En l'occurrence, cela gommerait l'essentiel de l'histoire de Jean Jaurès : au début de sa carrière politique, celui-ci adhérait à la théorie selon laquelle l'humanité serait divisée en races inégalement civilisées ; mais bientôt, il fut confronté aux luttes de classes de Carmaux, et l'analyse qu'il en fit le conduisit à y prendre le parti ouvrier, puis à constater qu'il était devenu socialiste ; ensuite, au cours d'un voyage au Maroc alors sous protectorat français, il vit la misère du peuple marocain ; il reconnut alors que cette misère ne résultait pas d'une infériorité inhérente à l'identité ou à la civilisation marocaine, mais du mouvement économique et politique propre au colonialisme : c'est alors qu'il a entrepris de lutter contre le colonialisme ; la crise franco-allemande éclatant alors à propos du Maroc lui montrait le lien profond, indissoluble, qui unit capitalisme, colonialisme et emploi de la force et de la guerre comme moyens banaux de la politique : tout cela lui fit poursuivre son évolution, et au début du vingtième siècle, il était devenu le socialiste qui, dans ses écrits, reconnaissait la valeur de l'œuvre de Karl Marx, et qui s'en était considérablement rapproché ; il était devenu le révolutionnaire qui faisait voter par l'Internationale socialiste la résolution recommandant aux peuples de refuser de faire la guerre, de renverser les gouvernements bourgeois qui la déclencheraient, de nommer à leur place des gouvernements socialistes qui feront la paix ( cette résolution fut oubliée aussitôt Jaurès assassiné, sauf en Allemagne par les socialistes internationalistes et par les spartakistes avec Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, et sauf surtout en Russie par les Bolchéviks avec Lénine, les seuls qui ont réussi à la faire entrer dans la réalité ) ; dans les quinze dernières années de sa vie, Jaurès était devenu le pacifiste militant contre lequel la presse bourgeoise menait une campagne d'élimination physique dont l'aboutissement fut le coup de feu du Café du Croissant, tiré le 31 juillet 1 914.
Les retouches que l'on fait à l'histoire produisent leurs effets en cascade ; ils aboutissent à rendre inintelligibles les évènements du passé, et plongent les citoyens dans l'impuissance en leur retirant les moyens de résister au mensonge et à l'oppression que le mensonge sert toujours. Jules Ferry était raciste et combattait le socialisme ; il n'était laïc qu'en façade, voilà la vérité !
Jean-Pierre Combe


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