Présidentielle 2012 : Vive la campagne d’éducation populaire !
Je ne sais pas si Jean-Luc Mélenchon sera élu président de la République. Mais est-ce là l’important ? N’est-ce pas plutôt le fait que nous assistons à un bouleversement des «lignes», telles qu’elles existaient depuis des dizaines d’années, et qui, invariablement, réduisaient une bonne partie du peuple de gauche à être ignoré, marginalisé.
Incontestablement, tout le monde s’accorde à le reconnaître, il se passe quelque chose d’important. Il s’agit d’un mouvement profond, qui vient de loin, que les interventions du candidat du Front de Gauche ont contribué à faire émerger.
Oui, la campagne «d’éducation populaire» comme aime à le rappeler Jean-Luc Mélenchon, porte ses fruits ; elle était nécessaire, elle est salutaire. Elle a l’immense mérite de nous rappeler les valeurs de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité, alors que les principales composantes politiques de droite, d’extrême droite, rassemblées au fond pour la même cause, n’ont de cesse de prôner l’individualisme, la haine de l’autre, parler de changement, mais faire en sorte que rien ne change, sauf répondre favorablement aux exigences illimitées de la finance et du Medef. Reconnaissons qu’ils avaient en grande partie réussi leur opération.
Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est qu’un grain de sable allait enrayer leur belle mécanique et que le grain de sable deviendrait rocher.
Au départ crédité au mieux de 5%, la candidature Mélenchon était considérée comme quantité négligeable, moquée, méprisée.
Difficile, dans une campagne comme on nous en impose une depuis que le président de la République est élu au suffrage universel, difficile d’échapper à la personnalisation, mais même sur ce chapitre-là, Jean-Luc Mélenchon réussit à être différent des autres, c’est sans doute ce que se disent un nombre croissant d’électeurs.
Car enfin, qui prenait un risque dans cette opération avec le Front de Gauche ? Jean-Luc Mélenchon ou les communistes ? Car nous tendre la main, comme il l’a fait, ce n’était pas vraiment tendance. Oui, merci à Jean-Luc Mélenchon d’avoir contribué à redonner leur fierté aux communistes.
Et le présent apporte la réponse : la prise de risque est bénéfique à toutes les composantes du Front de Gauche.
De plus, il se trouve que, étant en désaccord avec son ancien parti, sans tout jeter aux orties, il en a démissionné. Qui d’autre a eu ce courage ? Car tout de même, nombreux sont ceux qui, se réclamant soi-disant de gauche, dans la pratique, sont devenus des spécialistes du ratissage, trompant ainsi des électeurs sincères.
Non, mais ils sont de moins en moins nombreux à le penser, Jean-Luc Mélenchon ne roule pas pour lui. Quand il dit que sans les communistes, rien de ce qui se passe aujourd’hui avec le Front de Gauche n’aurait été possible ; quant il répond à la famille Le Pen -reprenant un slogan véhiculé par elle, mais aussi par d’autres- que les communistes français ont du sang jusqu’au coude, mais que ce sang est le leur, celui qu’ils ont versé, en particulier dans les combats de la Résistance, en défendant le sol français contre les fascistes et leurs supplétifs qu’étaient les miliciens... et que, à cette période avec d’autres, certes, ils ont été en première ligne, il rétablit une vérité historique, mais que certains continuent de travestir.
Il est vrai qu’ils ont été nombreux, les «résistants» de la 25ème heure...
Le Front de Gauche a un avenir. Jusqu’où cela ira-t-il ? Qu’importe. Mais, nous sommes nombreux, de plus en plus nombreux, à vouloir tracer le chemin le plus long possible, pour que, comme chantait Ferrat «il vienne enfin, le temps des cerises».
Raymond Aumaréchal,
Défenseur syndical,
Guéret (Creuse)
Source : tribune des lecteurs de L’ECHO de la Haute-Vienne


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