République Tchèque: une analyse des élections présidentielles de janvier 2013
Les élections présidentielles en République tchèque ont eu lieu en janvier 2013. Les présidents de la République tchécoslovaque, et à partir de 1993 de la République tchèque, ont été élus jusqu´à présent par le parlement. C'est la première fois que le président de la République est élu par les citoyens. Pour être candidat, il faut être proposé par 20 députés ou 10 sénateurs ou 50 000 citoyens.
Au premier tour, neuf candidats ont été enregistrés. Le Parti démocratique civique (PDC) a proposé son vice-président (auparavant président du Sénat), le TOP 09 son président, également ministre des Affaires étrangères; le Parti social démocratique (PSD) son vice-président et sénateur, un personnage populaire; le parti communiste (PCBM) a finalement décidé de ne pas proposer de candidat pour ne pas diviser les forces de gauche; le Parti chrétien démocratique (PCD) a proposé une eurodéputée; deux petits partis et un mouvement non parlementaires ont également proposé leurs candidats.
RÉSULTATS DU PREMIER TOUR
Les candidats au second tour étaient : le candidat de gauche, Milos Zeman du PDCZ (24,21 % de voix) et le candidat ultra Charles Schwarzenberg du TOP 09 (23,40%). L´ancien président du cabinet des technocrates est troisième avec 16,35 % et le candidat du PSD quatrième avec 16,12 %. Les cinq autres candidats ont obtenu un faible pourcentage. Le candidat du PDC n´a obtenu que 2,46 %. C´est une nouvelle débâcle après les élections régionales et sénatoriales pour le PDC qui, après 1989, représentait le principal parti de droite.
Entre les deux tours, la droite a attaqué toutes les forces de gauche, surtout le PCBM, et a glorifié le prince Schwarzenberg, l´homme qui a en 1948 quitté la République avec ses parents. Il est rentré au pays après le renversement du régime en 1989 et on lui a restitué châteaux, champs, forêts et étangs.
Il est ainsi devenu un des hommes les plus riches du pays. Après avoir été chancelier présidentiel auprès de Vaclav Havel (1990-1992), il s´est mis aux affaires économiques. Devenu sénateur, proposé par un petit parti de droite, il a été, à partir de 2007, ministre des affaires étrangères proposé par les Verts. En 2009, il était un des fondateurs du parti ultra TOP 09 dont il est le président. Il est partisan du cléricalisme catholique et le continuateur de la politique antipopulaire de Vaclav Havel. Il est soutenu par les représentants de la grande bourgeoisie tchèque et glorifié en Allemagne et en Autriche surtout par les organisations des Allemands transférés de la Tchécoslovaquie. Une violente propagande a été menée contre le PCBM et M. Zeman qui avait le soutien du PCBM. Dans certaines régions, ont eu lieu les manifestations de protestation contre les coalitions régionales avec les élus du PCBM. Le dimanche, les protestations ont culminé par une manifestation à Prague au cours de laquelle on a pu voir deux cents manifestants avec des transparents grossièrement anticommuniste « Que périssent les communistes révolus, contemporains et futurs ». Les manifestations en Bohême sud contre l´institutrice communiste élue et chargée de gérer le secteur de l´enseignement se sont transformées en manifestations contre la coalition régionale PSD – PCBM. L´institutrice a entendu à son adresse des mots tels que « Crève! » « La mort »! ... Ces manifestations fascisantes rappelaient les années trente du siècle passé.
Au cours de la campagne électorale, M. Zeman a obtenu le soutien du PCBM et des syndicats, du président de la République, un soutien plutôt indifférent du PSD et de deux candidats présidentiels qui ont échoué au premier tour. M. Schwarzenberg a obtenu le soutien des riches, de la presque totalité des médias, d´une grande partie des jeunes, des étudiants qui étudient l´histoire récente et contemporaine déformée, d´une partie assez grande des citoyens de certaines grandes villes et de nombreux artistes.
Au second tour des élections, le taux de participation n'a été que de 59,1 %. M. Zeman a obtenu 2.717.405 voix (54,8 %), et son rival 45,2 %. Le jour de sa victoire, M. Zeman a proclamé qu´il voulait devenir le président des citoyens pauvres. Il a dit également que « chaque président doit respecter le gouvernement issu des élections libres ».
UNE SITUATION ASSEZ DIFFICILE
La situation politique après les élections est assez difficile. Le président de la République et le Sénat sont orientés plutôt à gauche, le gouvernement s´appuie sur la Chambre des députés dans laquelle la majorité en faveur du gouvernement n´est plus tout à fait stable. Il faut prendre également en considération que l´adversaire voudra utiliser les centaines de milliers de voix obtenues pour imposer sa politique droitière dans le pays, notamment dans le domaine de la politique extérieure. Au contraire, le président de la République aura la possibilité de s'appuyer sur les éléments progressistes parlementaires et non parlementaires pour répondre aux intérêts des citoyens les plus pauvres.
Ota LEV


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