Un vote « Front de Gauche » socialement « plat », force d’appoint au PS... (extraits d’une tribune libre de P.A.M.)
…Le résultat des élections législatives est considéré par la direction du PCF comme un bon résultat, malgré l’injustice d’un système électoral défavorable et injuste.
On peut faire remarquer que ce système est injuste depuis toujours, que si le quinquennat et l’inversion du calendrier [1] a aggravé la présidentialisation, l’élection au suffrage uninominal à deux tours des législatives, injuste et réduisant la représentation du PCF, n’avait pas empêché d’avoir plus de 80 députés en 1981, et même encore 19 en 2007 dans le même cadre après des présidentielles qui furent catastrophique pour le PCF !
Il ne suffit donc pas d’accuser le système électoral pour expliquer la perte de 10 députés sur 19 sortants ! Le fait est qu’un parti qui fait un peu de voix partout ne peut pas devenir localement majoritaire ! Le parti communiste avait historiquement des points d’ancrages, dans des régions traditionnelles de luttes, des régions ouvrières, dans lesquelles son réseau militant lui permettait de s’adresser très largement au peuple dans son entier, et lui permettait de faire vivre un lien politique étroit à travers des élus locaux appréciés car connus sur le terrain, issus le plus souvent des luttes sociales, et capable de porter un rassemblement majoritaire du peuple, souvent au-delà de la gauche même. Même en 2012, le score de Chassaigne ou Bocquet ne peut pas s’expliquer comme un vote seulement « communiste ».
La stratégie du Front de Gauche est l’aboutissement d’une longue mutation par laquelle le parti communiste s’est éloigné de ce terreau historique de ses succès, pour tenter de gagner un électorat « socialiste de gauche ». Les résultats de Mélenchon aux présidentielles, que beaucoup ont jugés positifs, ont en fait révélé que la « mutation » du parti s’est transformée en « mutation » de son électorat. Entre l’électorat de Mélenchon et celui de Hue en 1995, qui restait encore dans les cartes électorales traditionnelles du vote communiste, la « mutation » est claire. Mélenchon aggrave l’érosion communiste dans l’électorat ouvrier, notamment dans le Nord de la France, et progresse fortement dans les couches moyennes, les centres villes, le sud-ouest..
Cette mutation électorale était partiellement masquée dans les zones de forte implantation communiste ou la résistance était plus forte, notamment dans les villes communistes, mais elle s’est révélée aux législatives. Au niveau national, le PCF gagne effectivement 677529 voix et 2,62%, mais l’extrême gauche perdant 634846 voix, la « gauche de la gauche » progresse de... 42665 voix et de 0,19% dans un contexte de poussée forte à gauche ! Franchement, ceux qui se disent « heureux » du résultat sont des manipulateurs dangereux pour les communistes.
Ce résultat global traduit-il encore des différences locales ? Bien sûr, mais prenons la ville de Lyon ou les 27240 voix de Mélenchon, 11,82%, avaient fait rêver des militants. Le Front de Gauche progresse en 2012 de 6805 voix sur le vote communiste aux législatives de 2007, mais tout en perdant 16504 voix de Mélenchon. Mais comme l’extrême gauche perd en même temps 5296 voix sur 2007, le gain se réduit à 1509 voix et 0,95% ! Ce progrès dans une ville de faible tradition communiste est notable, mais peut-on s’en estimer heureux, face à la marée des abstentions, à la vague socialiste, à la dérive extrémiste qui double ses voix dans la ville ?
De fait, le vote Front de Gauche efface progressivement le vote communiste pour devenir ce que la stratégie du PCF et de Mélenchon recherche, un vote d’appoint cristallisant quelques oppositions aux socialistes pour tenter de « peser » un peu sur eux. C’est la stratégie assumée par les verts qui ont clairement mis de côté leur projet pour se voir offrir un groupe et des ministres. Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon espéraient bien être beaucoup plus haut pour pouvoir imposer une place au PS. Le fait est que leur stratégie est un échec grave pour les communistes. Encore un coup, et la place du PCF/Front de Gauche sera totalement devenue celle du parti radical, une vieille histoire, et un rôle qui se décide rue de Solferino.
Pour ceux qui avaient cru que le Front de Gauche était un outil d’autonomie par rapport au parti socialiste, la leçon est dure, et beaucoup ne veulent pas la voir. Les plus anciens tentent de leur rappeler ce que les communistes savaient bien, que l’extrême gauche était l’école du réformisme, qui produisait la plupart des dirigeants du PS...
P.A.M.
[1] n’oublions pas que la direction du PCF suivie par la plupart des députés, excepté André Gerin entre autres, n’avait pas voulu se battre, coincé par son soutien à Lionel Jospin, et avait appelé à l’abstention...


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