Turbulences politiques en ALLEMAGNE
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Les récentes élections en Bavière et en Hesse traduisent le malaise d’une société allemande en proie au doute quant à ses orientations politiques majeures.
Les élections régionales du 8 octobre ont été le premier élément de la crise politique allemande actuelle. Les partis de gouvernement ont subi de sérieux revers. Le Parti social-démocrate (SPD) recule fortement en Bavière et en Hesse, et le parti libéral disparaît du Parlement bavarois et se maintient de justesse en Hesse. Seuls les écologistes se maintiennent sans pour autant progresser. La droite chrétienne-démocrate conserve la direction des deux Länder malgré, en Hesse, la présence d’un chef de file, dirigeant par intérim du gouvernement régional, ne bénéficiant pas d’une position assurée dans le parti. Reste que la CSU bavaroise réitère son score particulièrement bas de 2018, le plus faible depuis 1950. En définitive, c’est l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui sort grand vainqueur de ces élections, ce parti de la droite dure s’implantant pour la première fois dans ces deux parlements régionaux de l’ancienne Allemagne de l’Ouest, représentant 25 % des électeurs allemands.
En Bavière, le parti des Électeurs libres (FW) devient même le deuxième parti en voix et en sièges. Originellement tourné vers le monde rural et ses inquiétudes, il glisse de plus en plus à droite. La gauche de la gauche est également en crise. Balayé en Hesse et en Bavière, le parti Die Linke a annoncé, le 14 novembre, la fin de son groupe parlementaire après la défection de Sahra Wagenknecht et de huit autres députés qui ont, le 23 octobre, lancé un nouveau parti : l’Alliance Sahra Wagenknecht. Pour Die Linke, cela signifie la perte de toute visibilité au Bundestag et d’importants moyens financiers. L’ancienne cheffe de file de Die Linke veut en effet reconquérir l’électorat populaire et fustige l’abandon par la gauche des revendications sociales au profit des aspirations sociétales, dénonce le renoncement de son pays au gaz russe et une politique d’accueil des réfugiés débridée et incohérente. Le message a-t-il été entendu ? Le 6 novembre, le chancelier allemand Olaf Scholz et les ministres-présidents des 16 Länder ont étudié des mesures destinées à contenir les flux migratoires illégaux et à durcir la politique d’asile, notamment les contrôles aux frontières intérieures de l’Europe et l’externalisation des demandes d’asile. Enfin, le gouvernement allemand semble annoncer un aggiornamento sur le plan militaire. Les déclarations du chef de l’Armée de terre Alfons Mais, dénonçant la faiblesse de son armée, ont fait écho à la volonté affirmée du gouvernement de renforcer fortement les moyens de la Bundeswehr et de faire comprendre à la société allemande que la guerre est désormais chose possible. Dans un pays où, selon la géopolitologue Ulrike Franke, « personne ne veut devenir ministre de la Défense », le pari n’est pas mince.
MARC SÉVRIEN dans ROYALISTE – 04/12/2023
SOURCE :
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