Encore un effort, CAMARADES, pour être marxistes, communistes, révolutionnaires [Par Jean-Michel Devésa]
/image%2F1449569%2F20260422%2Fob_5f0c52_opinion-fond-jaune.jpg)
J’ai promis à Alain C. de rédiger un petit texte ayant trait à une ou deux choses que m’inspire ce que je peux connaître de la préparation du 40ème Congrès du PCF. C’est bien volontiers que je m’acquitte de cet engagement. Ce qui suit constitue par conséquent une contribution modeste au débat qui occupe les membres de ce parti et, au-delà de ses rangs, de nombreuses femmes et hommes qui en ont été membres mais qui ne le sont plus, comme moi (depuis 1980), soit qu’ils en aient été exclus, soit qu’on leur ait refusé le renouvellement de leur carte, soit qu’ils l’aient quitté de leur propre chef, épuisés, parfois écœurés, souvent malheureux d’être contraints à une décision qui ne pouvait que leur coûter. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais préciser que je ne rappellerai pas ce pourquoi je ne suis plus adhérent du PCF ; et j’ajouterai que je ne prétends pas détenir une clairvoyance politique indiscutable, je me contenterai de formuler des hypothèses, en prenant soin de les énoncer de sorte qu’elles soient utiles à chacun(e), ou du moins au plus grand nombre.
En plus de la « plateforme » élaborée par les instances dirigeantes du parti, j ’ai lu différents textes en provenance de la « base », tendant d’ailleurs à constituer des courants, voire des tendances, ou à manifester le point de vue de secteurs du parti qui n’ont pas attendu l’approche du 40e congrès pour agir ainsi.
Je suis frappé par l’insistance et la force avec lesquelles les signataires de ces « alternatives » aspirent à un « retour » à une politique de lutte des classes et comment ils empruntent tout un vocabulaire communiste que le parti rechignait dans les années 1970 à employer ou qu’il s’interdisait d’user, préférant cultiver le lyrisme (à interroger, non ?) du « socialisme aux couleurs de la France ». Cette inclination affleure par exemple dans l’intitulé « Le communisme partout » qui chez moi, et pour moi, renvoie au (très) vieux mot d’ordre « Les soviets partout ! » que le PCF que j’ai connu et dans lequel j’ai milité avait remisé au musée de l’Histoire. Pour tout dire, je me félicite (romantisme révolutionnaire de ma part ? nostalgie de ma jeunesse « althussérienne » ?) de cette volonté de renouer avec un cours et une tonalité franchement révolutionnaires. Cela étant, je voudrais mieux cerner ce sur quoi repose cette inclination d’autant que je demeure sur ma faim lorsque je parcours les textes auxquels j’ai eu accès, tant ceux-ci me semblent étrangement, et malheureusement, muets quant aux causes du déclin d’un parti tentant à chaque élection d’échapper au naufrage définitif et à sa disparition finale. J’espère ne pas me montrer arrogant ni péremptoire mais j’ai le sentiment que TOUS ces textes négligent d’appréhender la réalité du capitalisme en France, de ses différents procès de productions, de sa place dans le capitalisme globalisé et mondialisé d’aujourd’hui, de son poids par rapport à cette fraction (de plus en plus importante) de ce « capital sans travail » qui à l’échelle internationale s’enrichit d’une économie et d’une finance 2.0. fondée sur la circulation des informations et la duplication des images, des contradictions qui – sur le plan français comme dans une dimension européenne et planétaire – l’affectent, de la possibilité (ou de l’illusion : ?) de pouvoir s’y opposer et le combattre en « jouant » des intérêts divergents des pays, des nations et des peuples des cinq continents, etc. Vastes, très vastes problèmes que ceux que je viens juste de mentionner. Je m’appliquerai à ne les effleurer que du point de vue de (ce que j’appellerai) l’assiette des classes en France : que représentent aujourd’hui la classe ouvrière et le prolétariat en France ?
J’ai peut-être tort mais il me semble que, faute de se confronter à CETTE question, nous ne comprendrons jamais pourquoi l’influence du PCF (lequel a été le premier parti de France à La Libération) s’amenuise inexorablement ou (au mieux) stagne dans une fourchette entre 2% et 5% des votes ; que le parti ne revendique plus que 40 000 adhérent(e)s (dans les années 1970, au plus haut de son activité, il comptait 500 000 membres) dont beaucoup sont âgés et à la retraite... Je suis de celles et de ceux, trop rares à mon goût, qui estiment que toutes les explications de ce recul basées uniquement sur le réformisme et la social-démocratisation du parti sont à bien des égards « à côté » (elles nous condamnent de surcroît à ergoter – au risque de nous diviser encore davantage - quant à la date à laquelle cette dérive a été enclenchée).
Les faits, les plus ancien(ne)s camarades les connaissent, les plus jeunes doivent les apprendre : à la Libération, le PCF est le premier parti de France ; la Guerre froide, le XXe Congrès du PCUS et l’intervention soviétique en Hongrie en 1956 réduisent ses positions mais sans les anéantir ; son combat pour la paix, son anticolonialisme et son impérialisme (pourtant fréquemment frileux, ne criez pas, écoutez-moi : pendant la guerre – américaine - en Indochine, le mot d’ordre le plus couramment avancé a été celui réclamant la « Paix » et non pas ceux célébrant par anticipation la victoire des Fronts de libération, idem pendant la guerre de libération algérienne) en font le premier parti de la gauche française (la campagne présidentielle de Jacques Duclos en 1969 l’atteste. Son rayonnement participe aussi du fait que son réseau municipal, son implantation dans les villes et les campagnes, ses relais dans d’innombrables organisations de masses (syndicats et associations) dessine un horizon « pratique » : si le capitalisme n’est pas seulement un certain type de rapports de production puisqu’il s’incarne dans « un monde » (un mode de vie, une certaine vision « concrète » de la vie et de la société), entre 1945 et 1981, l’image et l’idée du communisme bénéficient en France de cet « autre monde » (colonies de vacances, maisons des jeunes, politique culturelle et artistique, etc.) préfigurant « en actes » ce que pourrait être le socialisme, ce que pourrait être le communisme. Ce « monde alternatif » tangible supposait une classe ouvrière non seulement combattive mais nombreuse. Or son poids sociologique, comme celui du prolétariat, était tributaire de la part de l’industrie dans l’économie du pays. Pour moi, ce point est fondamental.
Je ne cherche pas à chagriner tel(le) ou tel(le) camarade. Je crois que le début de la descente aux enfers du PCF n’est pas dû au seul révisionnisme de telle ou telle direction, même si depuis des lunes et des lunes le parti n’a plus eu de dirigeant(s) réellement marxistes, réellement communistes (la débâcle n’a pas commencé avec Hue, elle était – selon moi – manifeste avec Marchais – cher Alain, pardon ! – et déjà avec Thorez – un indice ? Les « purges » qui ont lieu dans le parti concernant les dirigeants FTP ! Qu’on songe à la façon dont le parti a traité Georges Guingouin, le chef militaire et politique FTP qui, à la tête des maquis de Haute-Vienne, libère Limoges !). Ces causes politiques (« superstructurelles », idéologiques), nous aurions tort de nous en tenir qu’à elles. Nous gagnerons à regarder ce qui s’est passé, à partir des années 1960, massivement, dans l’infrastructure ! (J’ai l’impression que ce mouvement remodelant en profondeur l’infrastructure – en France, en Europe occidentale – est en branle dès la fin de la Seconde Guerre mondiale).
Pour ne pas faire long, j’attirerai l’attention sur deux « images », deux « moments » assez proches l’un de l’autre.
Le Parti socialiste de François Mitterrand a siphonné une partie des voix du PCF dès les législatives de juin 1981. La casse de la sidérurgie lorraine se déroule en 1978-1979. Symboliquement, cette « coïncidence » (ou cette « concomitance » : ?) n’est pas fortuite.
Je suis tenté d’interpréter ces deux faits de la sorte : dans la foulée de mai-juin 1968 (la première révolution du « nouveau monde », comme l’écrit Régis Debray dès 1978) le capital réorganise l’outil de production en délocalisant, ce qui a deux conséquences : créer les conditions de l’amoindrissement sociologique du poids de la classe ouvrière ; établir les centres industriels de production loin de la France et de l’Europe, accentuer une réorganisation de la classe ouvrière mondiale dont le cœur prolétaire sera de moins en moins au sein de la « vieille Europe » (des révolutionnaires en ont eu l’intuition bien avant les années 1970).
Au risque d’apparaître comme un tenant d’un vulgaire déterminisme et du plus plat économisme (le bouquet pour un « althussérien » !), je pose qu’une classe ouvrière numériquement, économiquement et sociologiquement moins « incontournable », c’est le ressort imparable de l’affaiblissement des organisations (politiques et syndicales) de lutte de classes. La baisse de l’influence électorale du PCF s’explique, à mes yeux, d’abord par la marginalisation de la classe ouvrière dans le pays, cette marginalisation étant la conséquence de la transformation de l’outil de production (elle a pour corolaire l’essor d’une petite bourgeoisie instruite et d’une couche « intermédiaire » de salariés et d’employés dont le poids nourrit le réformisme « traditionnel », celui du PS, et le nouveau réformisme, celui de la gauche se disant « déterminée », ou « radicale », mais ayant peur d’être taxée par la bourgeoisie d’extrême gauche).
Que puis-je en conclure ?
Le « retour » à la lutte de classe commande une analyse concrète de la situation concrète, donc une étude très sérieuse de ce qu’est le capitalisme en France en 2026 (avec si possible quelques hypothèses et projections relatives à ce qu’il va devenir). Ce souci, je le « décline » ainsi : que représente la classe ouvrière dans le pays ? Quel est le poids du prolétariat ? Cette préoccupation doit être articulée à une vision planétaire des contradictions opposant le capital et le travail, ce qui induit d’élaborer une politique et un programme qui, pour être communistes et révolutionnaires, devront être INTERNATIONALISTES – ce qui implique de ne pas écarter l’idée que le cœur le plus efficient du prolétariat n’est plus en France, ni en Europe occidentale, mais « ailleurs » ; ni de refuser de considérer que la classe ouvrière française, du fait de sa place dans l’outil globalisé et mondialisé de production, est au prolétariat des pays émergents ce que l’aristocratie ouvrière était jadis, en France et en Europe, vis-à-vis d’un prolétariat en passe d’être éradiqué de cette région du monde.
Si ces hypothèses ne relèvent pas de l’errance intellectuelle, il faudrait alors réfléchir à ce que pourrait être un programme communiste et révolutionnaire pour la France, en 2026, dans le capitalisme d’aujourd’hui (pour moi, le fascisme n’est pas devant nous, il ne vient pas ; il est déjà là, ainsi que l’a dénoncé dès les années 1970 en Italie Pier Paolo Pasolini, la « consommation » réalisant des objectifs que le fascisme mussolinien n’avait pas atteints). [...] Le mot de la fin, la mienne ? Encore un effort, camarades, pour être réellement marxistes, communistes, révolutionnaires ! Ne nous payons pas de mots, examinons l’outil de production et l’assiette des classes en France. Je vous remercie pour votre immense patience et d’être allée jusqu’au bout de ce petit écrit…"
Texte intégral sur Facebook (SOURCE):


/image%2F1449569%2F20250602%2Fob_00c431_che-guevara-affiche-ia.jpg)
/image%2F1449569%2F20230929%2Fob_a9994b_gramsci-portrait.jpg)
/image%2F1449569%2F20231207%2Fob_63cb78_palestine-barghouti-affiche.jpg)
/image%2F1449569%2F20240217%2Fob_caefb2_paix-ensemble-colombe.jpg)