L’ILLUSION DU RISQUE ZÉRO
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Les jeux sont faits, tous nos leaders ont échoué.
Ils seront détruits par la bête qu’ils ont créée.
La confiance est morte en même temps que le respect.
Qu’est-ce qui nous gouverne? La peur et l’anxiété.
(Orelsan)
Quand j’étais jeune – ou disons plutôt « quand j’étais plus jeune », ça fait moins déprimant – je me souviens des débats passionnés entre les journalistes communistes sur la manière de reporter les faits divers. Certains considéraient qu’un journal communiste ne devait y consacrer de la place : le journalisme de fait divers, c’était l’exploitation les bas instincts de la foule et une distraction des véritables questions de société. D’autres, et mon père – qu’il repose en paix – parmi eux, soutenaient que les faits divers avaient toute leur place dans un journal progressiste, parce qu’un fait divers contient souvent toutes les contradictions de la société et que, proprement abordés, loin de constituer un facteur de distraction ils permettaient au contraire de « partir de ce que les gens ont dans la tête » pour, en faisant une analyse intelligente, mettre le doigt ou ça fait vraiment mal.
Ce qu’on appelle « l’affaire Lyhanna », notez bien le nom, donne raison aux tenants de la seconde position. Car cette affaire met en évidence jusqu’à la caricature le niveau d’hystérie rampante dans lequel nos sociétés fonctionnent aujourd’hui.
Il y a déjà la manière de désigner l’affaire. Car si « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde », c’est parce que le nom qu’on donne aux choses a son importance. Pendant très longtemps, le personnage central dans ce type d’affaires n’était pas la victime, mais le criminel. On parlait à l’époque de « l’affaire Dutroux », de « l’affaire Patrick Dils », de « l’affaire Patrick Henri », de « l’affaire Francis Heaulme », de « l’affaire Omar Haddad », « l’affaire Seznec ». Mais qui se souvient du nom de leurs victimes ? La presse ne les mentionnait en général qu’en passant, et ils étaient vite oubliés. Ce n’est que lorsque le nom de l’assassin était inconnu – comme ce fut le cas par exemple pour Grégory Vuillemin, le « petit Gregory », affaire qui reste non élucidée – que le nom de la victime restait accolé à l’affaire.
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Les jeux sont faits, tous nos leaders ont échoué. Ils seront détruits par la bête qu'ils ont créée. La confiance est morte en même temps que le respect. Qu'est-ce qui nous gouverne? La peur ...
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