1786-2026 – le libre-échange ou la fabrique des révoltes ?
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En 1786, la France ouvre ses frontières commerciales à une Angleterre plus industrialisée. Trois ans plus tard, Réveillon brûle et la Révolution éclate. Quarante ans de libre-échange ont à nouveau désindustrialisé la France, enrichi une oligarchie et nourri la colère. L’Histoire bégaie-t-elle ?
Par Georges Renard-Kuzmanovic
« Dans l’état actuel de la société, qu’est-ce donc que le libre échange ? C’est la liberté du capital. Quand vous aurez fait tomber les quelques entraves nationales qui enchaînent encore la marche du capital, vous n’aurez fait qu’en affranchir entièrement l’action du capital. (...)
Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. » – Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange, 9 janvier 1848.
Le 26 septembre 1786, la France de Louis XVI signe avec l’Angleterre un traité dont le nom est aujourd’hui largement oublié, le traité Eden-Rayneval. L’événement pourrait sembler n’intéresser que les historiens de l’économie, il mérite pourtant qu’on s’y arrête, tant il éclaire le fait que lorsqu’un pays ouvre largement son marché à des concurrents disposant d’un appareil productif plus puissant que le sien, il s'expose dangereusement. C'est l'histoire un peu oubliée d'une mondialisation dont les tenants et les aboutissants peuvent pourtant nous éclairer quant à ce qu'il se passe à notre époque.
Le traité Eden-Rayneval vient compléter la paix de Versailles de 1783 qui, après la guerre d’indépendance américaine, avait rétabli la paix entre les deux vieilles puissances rivales. Le 26 septembre 1786, William Eden, envoyé extraordinaire du Premier ministre britannique William Pitt auprès de la cour de Versailles, et Joseph-Mathias Gérard de Rayneval, premier commis des Affaires étrangères et l'un des principaux diplomates de Vergennes, signent le traité qui portera leurs noms. Il s’agit de réduire fortement les barrières douanières et de faciliter les échanges entre les deux rives de la Manche.
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