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El Diablo

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CE QUE NOS LECTEURS DOIVENT SAVOIR :

Le blog Commun Commune est un blog indépendant des partis politiques et des syndicats - Sa ligne éditoriale est humaniste, progressiste et franchement euro-critique.  Il a vocation à nourrir le débat, y compris sur des sujets qui peuvent faire polémique, dans un esprit ouvert, hors tout sectarisme et tabous. Dans ce cadre, défenseur de la liberté d'expression, il donne à connaître des points de vue divers - hors tous propos racistes et/ou antisémites - y compris ceux qu'il ne partage pas forcément.

Si, par mégarde, un manquement à ces règles venait à apparaitre nous vous remercions de bien vouloir nous le signaler afin que nous procédions aux rectifications nécessaires. 

 

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Ernesto Che Guevara

« Pour se protéger la bourgeoise inventera un antifascisme contre un fascisme qui n'existe pas »

Pasolini, « Écrits Corsaires »

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DÉCLARATION de l’ACADÉMIE FRANÇAISE

sur l'ÉCRITURE

dite « INCLUSIVE »

adoptée à l’unanimité de ses membres dans la séance du jeudi 26 octobre 2017

Prenant acte de la diffusion d’une « écriture inclusive » qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde. La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

Plus que toute autre institution, l’Académie française est sensible aux évolutions et aux innovations de la langue, puisqu’elle a pour mission de les codifier. En cette occasion, c’est moins en gardienne de la norme qu’en garante de l’avenir qu’elle lance un cri d’alarme : devant cette aberration « inclusive », la langue française se trouve désormais en péril mortel, ce dont notre nation est dès aujourd’hui comptable devant les générations futures.

Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète.

 

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Publié par El Diablo

 

NOTA: Ce texte est publié à titre informatif dans le cadre des débats autour de la campagne présidentielle. Il ne traduit pas nécessairement le point de vue du blog d'El Diablo.

Comment le système enferme la France dans des faux débats pour esquiver la seule vraie question

Selon le magazine américain Fortune, l'augmentation de la richesse cumulée des dix premières fortunes de France en 28 ans (1996-2024) est égale à 2 300 %.

En 1996, la fortune des 500 premières familles représentait 6 % de la richesse produite chaque année par la France. En 2024, elle en représente 42 %.

Sur la même période la France n'a cessé de décliner dans tous les domaines et les Français de s'appauvrir. Le niveau de vie des Polonais devrait dépasser celui des Français aux alentours de 2032.

Cette évolution n'est pas une fatalité, c'est le résultat de décennies de construction européenne, qui a sacrifié la France et l'a vidée de sa substance en ouvrant ses frontières sans condition et en lui imposant une monnaie qui n'est pas la sienne.

Comment, si la France est une démocratie, le système qui a permis ce résultat catastrophique peut-il se maintenir ?

Comment, depuis 40 ans, les Français peuvent-ils placer à la tête de leur pays des dirigeants qui mènent des politiques dont les conséquences désastreuses se constatent chaque jour davantage ?

Comment les Français acceptent-ils de sacrifier leur pays sur l'autel des profits indécents d'une poignée de multimilliardaires, Bernard Arnault, les frères Alain et Gérard Wertheimer (Chanel), la famille Hermès, Françoise Bettencourt Meyers et sa famille (L'Oréal), la famille Dassault, Rodolphe Saadé (CMA CGM), Xavier Niel, la famille Mulliez (Auchan, Decathlon), François Pinault, Vincent Bolloré, Matthieu Pigasse, Daniel Kretinsky ?

La réponse est d'une simplicité biblique : il suffit de détourner l'attention des Français du seul sujet qui vaille. Depuis 40 ans, la France discute de tout, sauf de la seule question qui conditionne toutes les autres : quel est le bilan de la construction européenne pour la France ?

Une démocratie dans laquelle il est interdit d'aborder les sujets primordiaux n'est plus une démocratie, c'est ce qu'est devenue la France. Ces mêmes multimilliardaires qui mangent la laine sur le dos des Français possèdent tous les leviers d'influence (médias, instituts de sondage, régies publicitaires, think tanks, etc.) qui leur permettent de formater, voire de laver, le cerveau des Français.

Nous allons voir dans la suite les six pièges qui sont utilisés pour qu'à chaque élection, les Français ne votent pas pour défendre leurs intérêts et ceux de leur patrie, mais votent pour les tenants d'un système qui fait passer la richesse de quelques-uns avant le bonheur de tous.

Premier piège : Changer l'Europe de l'intérieur

C'est le piège le plus technique en apparence mais peut-être le plus décisif, qui permet de trancher définitivement toutes les variantes de réforme de l'intérieur, qu'elles viennent d'un plan de désobéissance, d'un RIC constituant, d'une VIe République ou d'une négociation bilatérale : celui qui consiste à laisser croire que l'Union européenne pourrait être réformée depuis l'intérieur, par l'établissement d'un rapport de force ou par la voie démocratique normale.

La révision des traités européens, selon la procédure ordinaire prévue par l'article 48 du Traité sur l'Union européenne, exige l'accord unanime des vingt-sept chefs d'État ou de gouvernement, puis la ratification de cet accord par chacun des vingt-sept États membres selon ses propres règles constitutionnelles, par vote parlementaire ou par référendum. Cela représente vingt-sept accords unanimes suivis de vingt-sept ratifications distinctes, soit cinquante-quatre étapes qui doivent chacune aboutir favorablement pour qu'une seule modification des traités entre en vigueur.

Pour donner une idée de ce que cela signifie, supposons que chacune de ces cinquante-quatre étapes ait, prise isolément, une chance sur deux d'aboutir favorablement, ce qui est déjà un optimisme considérable au regard de l'histoire récente. Dans cette hypothèse pourtant excessivement favorable, la probabilité que l'ensemble des cinquante-quatre étapes aboutisse simultanément est de l'ordre d'une chance sur dix-huit millions de milliards. Ce chiffre n'a évidemment qu'une valeur illustrative, un calcul de probabilité rigoureux supposerait des votes indépendants, ce qui n'est pas la réalité politique, mais il donne la mesure exacte du mur auquel se heurte, mathématiquement, toute promesse de réforme de l'intérieur. Ce n'est pas une probabilité faible, c'est une probabilité qui, à l'échelle d'une vie humaine ou même d'un siècle, ne se distingue pas de zéro.

L'histoire est entièrement vérifiable, et elle est plus parlante et vient renforcer ce que les probabilités prédisent : chaque fois qu'un traité européen a été soumis à référendum, il a été rejeté au moins une fois par au moins un peuple. Le Danemark a rejeté Maastricht en juin 1992. L'Irlande a rejeté le traité de Nice en 2001. La France et les Pays-Bas ont rejeté le traité constitutionnel européen en mai et juin 2005. L'Irlande a rejeté le traité de Lisbonne en 2008. Vingt-sept peuples et vingt-sept parlements à faire converger vers un même oui, alors que quatre pays sur vingt-sept ont suffi, à quatre reprises différentes, pour qu'un seul vote populaire fasse échouer un texte pourtant déjà négocié par tous les gouvernements. Ceux qui promettent de changer l'Europe de l'intérieur, voire de la faire plier, connaissent ces chiffres et ces faits : ils mentent aux Français.

Deuxième piège : Le clivage droite-gauche

Le clivage droite-gauche est né le 10 et le 11 septembre 1789, lors du vote sur le véto royal, autour d'une seule question : le peuple a-t-il la capacité de se diriger lui-même, ou faut-il au-dessus de lui une instance qui le corrige quand il se trompe ? À droite, ceux qui pensaient qu'il fallait un pouvoir supérieur au peuple pour l'empêcher de faire des bêtises. À gauche, ceux pour qui le peuple est la source de toute souveraineté, ce que rappellera d'ailleurs le préambule de la Constitution de 1946.

Ce clivage n'a d'ailleurs pas structuré tout notre XIXe siècle. Il succède à un autre affrontement, plus rude, la lutte des classes qu'avait ouvertement assumée le ministre Guizot lorsqu'un journaliste lui demandait le sens de sa politique et qu'il répondait sans détour : « Je fais de la lutte des classes, je me bats. » C'est de cette phrase, dit-on, que Marx tira sa théorie. Mais cette lutte des classes déboucha sur la Commune de Paris et son écrasement, un échec total des deux côtés. C'est de cet échec que les fondateurs de la IIIe République inventèrent quelque chose de neuf : structurer le débat public autour d'un clivage droite-gauche qui traverserait les classes sociales, pour que la confrontation politique ne redevienne jamais une guerre de classe pure.

Ce clivage a fonctionné, tant bien que mal, pendant un siècle. Et puis il s'est vidé de sa substance. À la fin du XXe siècle, la droite qui se réclamait de De Gaulle et la gauche qui se réclamait de Jaurès ont fini par mener, l'une et l'autre, une politique exactement inverse de celle de leurs fondateurs. Elles se sont retrouvées réunies dans ce qu'on peut appeler une communion néolibérale mondialiste, mise en œuvre dans un cadre supranational qui la chapeaute, l'Union européenne.

Un clivage devenu inopérant devrait normalement disparaître et laisser place au clivage réel. C'est précisément ce que le système ne peut pas se permettre. Aussi, plutôt que de laisser le clivage droite-gauche s'éteindre, on le pousse vers sa version la plus radicale : extrême droite contre extrême gauche. Plus l'opposition affichée est spectaculaire, plus elle occupe l'espace médiatique, et plus il devient facile de renvoyer dos à dos, comme extrémistes infréquentables, tous ceux qui contestent le système lui-même, d'où qu'ils viennent.

On peut rapprocher ce mécanisme de ce que certains commentateurs appellent l'extrême centre : un pouvoir qui n'a plus de substance idéologique propre, et qui se maintient en excluant méthodiquement les deux bords. Sauf qu'ici, l'exclusion ne se fait plus par la simple censure des idées contradictoires, elle se fait par l'amalgame permanent de toute contestation avec ses franges les plus caricaturales.

Troisième piège : Le souverainisme comme étiquette

C'est le piège le plus efficace, parce qu'il ne se voit presque jamais comme tel. Il ne consiste pas à interdire de parler de souveraineté, il consiste à faire glisser insensiblement, par la répétition et l'association systématique, la souveraineté nationale, exigence démocratique universelle qui n'appartient à aucun camp, vers une étiquette de camp : « les souverainistes », immédiatement associée à une liste de noms situés à droite ou à l'extrême droite.

Ce glissement a une fonction précise, il doit empêcher un précédent historique qu'il ne faut surtout jamais revoir se produire : en 2005, une partie de l'électorat de gauche et une partie de l'électorat de droite ont voté ensemble, au-delà de leur famille politique, contre le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce moment a démontré que la souveraineté pouvait rassembler par-delà le clivage droite-gauche. Il ne doit plus jamais se reproduire. Le mot « souverainisme » est l'outil qui l'empêche par avance, en verrouillant dans l'esprit du public l'équation souveraineté égale droite, ce qui prive mécaniquement la gauche de ce qui, historiquement, fait pourtant son essence.

La preuve par l'accès à la parole publique. Voici un fait entièrement vérifiable par quiconque prend la peine de regarder les grilles de programmes : Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers et Florian Philippot sont des invités réguliers de CNews et d'Europe 1. François Asselineau n'y apparaît jamais, alors qu'il porte le Frexit sans discontinuité depuis 2007, dix-neuf ans, quand les trois premiers portent chacun une version dégradée de la sortie de l'UE :

  • Nicolas Dupont-Aignan propose un « plan A » de désobéissance aux traités, avec comme plan B un référendum de sortie seulement en cas d'échec de ce plan A, c'est-à-dire une sortie hypothétique et conditionnelle ;
  • Philippe de Villiers propose de sortir du Mercosur, du marché européen de l'énergie, du Pacte vert et du pacte asile-migration, c'est-à-dire de contester des politiques précises de l'Union sans jamais remettre en cause l'appartenance elle-même ;
  • Florian Philippot, allié en 2022 à Nicolas Dupont-Aignan, a déclaré à cette occasion que c'était « tant pis pour le Frexit », un abandon assumé de l'objectif au profit d'une alliance électorale de circonstance.

Aucun des trois ne porte donc, en réalité, la sortie inconditionnelle de l'UE, de l'euro et de l'OTAN. Tous les trois s'en tiennent à la conséquence la plus visible et la plus émotionnelle de notre appartenance à l'Union, l'immigration, sans jamais s'attaquer aux mécanismes structurels que sont la libre circulation des capitaux, des services et des marchandises, ces mêmes mécanismes qui ont fait la fortune de certains groupes industriels et médiatiques français.

On peut alors poser la question, sans avoir besoin de trancher les intentions de qui que ce soit : pourquoi des médias qui appartiennent à des multimilliardaires dont l'activité économique dépend directement de la libre circulation des capitaux et des marchandises choisissent-ils, année après année, d'inviter ceux qui ne dénoncent qu'une seule conséquence de l'Union européenne, et jamais celui qui en dénonce la cause ? Il suffit de comparer, sur une année, le nombre de passages de chacun sur ces antennes pour que cette asymétrie devienne une donnée d'observation, et non plus une opinion.

Le glissement sémantique du mot souverainisme a d'ailleurs un corollaire qu'on ne voit jamais, et qui devrait pourtant sauter aux yeux dans un débat honnête. Le titre premier de notre Constitution s'intitule « De la souveraineté ». Son article 2 fixe le principe même de la République : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Son article 3 dispose que la souveraineté nationale appartient au peuple, qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. La souveraineté n'est donc pas une opinion parmi d'autres sur l'échiquier politique, c'est une norme constitutionnelle qui s'impose à tous les partis, au même titre que le principe démocratique lui-même. Or personne ne songerait à qualifier un parti de « démocratiste » au prétexte qu'il défend la démocratie, précisément parce qu'aucun parti représenté en France ne conteste ce principe. Par la même logique, aucun parti ne devrait avoir besoin de l'étiquette « souverainiste » pour rappeler qu'il respecte un principe constitutionnel que tous sont censés partager.

Ce qui doit au contraire porter un nom, et qui n'en porte jamais, c'est la position inverse : celle qui consiste à accepter le transfert de cette souveraineté à des instances non élues siégeant à Bruxelles. Cela s'appelle l'européisme, mot parfaitement formé sur le même modèle que souverainisme. Il désigne, à l'exception de l'UPR et de quelques rares partis, la quasi-totalité de l'offre politique française, puisque tous les partis représentés à l'Assemblée nationale sont favorables au maintien dans la construction européenne. Mais ce mot n'est presque jamais employé dans les médias. Et pour cause : la construction européenne n'est pas, elle, un principe constitutionnel intangible, elle est un choix politique. Un choix qui s'est imposé progressivement, par la méthode dite fonctionnaliste popularisée par Jean Monnet, consistant à faire avancer l'intégration européenne par des décisions techniques et sectorielles plutôt que par un mandat populaire explicite, et qui continue de s'imposer aujourd'hui par le poids de tout un ensemble d'institutions, de programmes et de campagnes électorales qui présentent cette construction comme allant de soi plutôt que comme un choix qu'il serait légitime de remettre en cause.

Ne pas nommer cette position revient à faire accepter, sans jamais la nommer, l'idée que l'appartenance à l'Union européenne serait la norme par défaut et que la souveraineté serait, elle, une option datée, réservée à quelques nostalgiques de droite ou d'extrême droite. C'est très exactement l'inverse qui est vrai au regard de notre propre Constitution : la souveraineté nationale y est un principe fondateur, l'appartenance à l'Union européenne n'y figure que comme une modalité d'exercice de cette souveraineté, révisable comme n'importe quel autre choix politique. C'est pour toutes ces raisons que l'UPR ne se revendique pas en tant que parti souverainiste, l'UPR ne fait que rappeler que la souveraineté est un principe déjà inscrit dans notre loi fondamentale. L'UPR est un parti de libération nationale.

Quatrième piège : diaboliser la Ve République pour épargner l'Union européenne

Le quatrième piège est le plus retors, il consiste à faire porter à la République en général et à la Cinquième en particulier, ou à ses institutions, la responsabilité de tous les maux présents. Cela revient à détourner l'attention sur la victime en prenant soin de laisser le bourreau dans l'ombre.

Côté droite identitaire, le procédé consiste à s'en prendre directement à l'acte de naissance de la République. Lors de la Convention de la droite du 28 septembre 2019, Éric Zemmour a tenu un discours que le journaliste Hadrien Mathoux, dans les colonnes de Marianne, a qualifié de diatribe anti-républicaine, dénonçant la philosophie des Lumières et présentant 1789 comme l'origine d'un mal progressiste. Un collectif d'historiens, dans l'ouvrage Zemmour contre l'histoire, relève qu'il présente la Révolution française comme une catastrophe porteuse de désastres. Faire de 1789 la source du mal, c'est détourner sur l'acte fondateur de la République une colère qui devrait se porter ailleurs.

Côté gauche radicale, le procédé est différent mais le résultat identique. Le programme L'avenir en commun de La France insoumise fait de l'instauration d'une VIe République, par assemblée constituante et référendum, la clé de voûte de son projet. Mais cette refonte institutionnelle porte exclusivement sur l'organisation interne des pouvoirs, rapport entre président et Parlement, mode de scrutin, sans jamais soumettre au peuple la question du cadre supranational dans lequel cette nouvelle République continuerait pourtant de s'inscrire. C'est très précisément pointer la Ve République du doigt en imaginant qu'une sixième version encaisserait mieux les coups portés par Bruxelles.

Chez les partisans de la démocratie directe, le constat est plus nuancé mais c'est toujours la Ve République la principale coupable. À l'instar de Clara Egger qui porte le RIC constituant. Elle ne prétend pas vouloir rester dans l'Union européenne : elle propose que les citoyens décident eux-mêmes, une fois ce RIC constituant instauré, de ce qu'ils souhaitent garder ou quitter du projet européen. C'est une prudence procédurale qui produit, dans les faits, le même effet que les autres dérivatifs : accuser la Ve République tout en renvoyant la question de notre appartenance à l'Union européenne sur un mécanisme qui reste à construire, et dont l'instauration elle-même n'a pas de calendrier.

Étienne Chouard, sur ce point précis, ne s'y trompe pas. Dans un échange public avec Clara Egger consacré exactement à cette question, il lui objecte que soumettre chaque aspect de l'appartenance à l'UE à un vote séparé revient à prolonger ce qu'il appelle lui-même une prison, plutôt qu'à en sortir, et qu'un peuple vraiment informé choisirait logiquement une sortie en bloc.

Cinquième piège : le front républicain

Ce piège semble à première vue contredire le précédent. Ce n'est qu'apparent, la République est un mot qu'on discrédite quand cela sert à éloigner les Français de la souveraineté, et qu'on brandit comme un étendard quand cela sert à faire barrage à un péril imaginaire pour mieux détourner les Français de celui qui les menace vraiment. Comme tous les autres pièges, celui-ci est employé dès qu'il s'agit de faire voter les Français contre leurs intérêts, sans que la question de la sortie de l'Union européenne ne soit jamais celle qui décide de l'élection.

C'est le piège le plus simple à décrire : au second tour, on ne demande plus aux Français de voter pour un programme, on leur demande de voter contre un péril. Cette bascule change tout, parce qu'elle empêche justement la seule question qui compte de se poser jamais frontalement. Tant que le second tour se joue entre le candidat du système et celui qu'on a désigné comme le péril à écarter, aucun espace ne reste pour une troisième voie, celle d'un candidat qui ne serait ni le système ni l'épouvantail qu'on lui oppose, mais qui proposerait simplement de sortir de l'Union européenne par la voie démocratique. Le procédé ne se limite d'ailleurs pas à la présidentielle : lors des élections législatives de 2024, un même réflexe de barrage a réuni, sous un même mot d'ordre, des forces politiques qui s'opposent sur presque tout le reste, de l'extrême gauche à l'extrême centre, preuve que ce n'est pas la cohérence du camp qui compte, mais la neutralisation de la cible.

Sixième piège : le vote utile

Le dernier piège agit en amont de tous les autres, dès le premier tour, et il est peut-être le plus insidieux parce qu'il se donne l'apparence d'une contrainte technique plutôt que d'une manipulation. Il s'agit de distinguer les « grands candidats » des « petits candidats ». Tout vote allant vers un des grands candidats est considéré comme étant un vote utile. Le corollaire suggéré par les médias est que tout vote allant vers un petit candidat est un vote inutile. La loi organique elle-même distingue, pendant la période dite préliminaire d'une campagne présidentielle, les candidats selon leur représentativité, évaluée à partir des sondages et du poids électoral des formations passées. Ce n'est qu'au cours des trois dernières semaines, la période dite d'équité renforcée, que tous les candidats accèdent enfin à des conditions de programmation relativement comparables si l'on ne tient pas compte des horaires ni du parti pris des journalistes. Mais le mal est déjà fait : l'opinion s'est formée pendant des mois sur la base d'une exposition médiatique déjà très inégale.

Ce mécanisme a été assumé publiquement, et sans détour, par ceux-là mêmes qui le mettent en œuvre. En 2017, TF1 avait choisi de n'inviter au premier grand débat télévisé que cinq candidats sur les onze en lice, sur le seul critère de leur position dans les sondages. Interrogé sur cette antenne, un directeur de rédaction avait justifié ce choix sans détour : il fallait, selon lui, se concentrer sur les candidats qui pouvaient prétendre gouverner le pays. Le raisonnement est parfaitement circulaire, un candidat est jugé incapable de gouverner parce qu'il est peu connu, et il reste peu connu parce qu'on continue de ne pas l'inviter.

François Asselineau en offre l'illustration la plus nette. Sur la période préliminaire de la campagne de 2017, le relevé officiel du CSA lui attribue six minutes et dix-sept secondes de temps de parole sur BFM TV, contre trente et une heures et trente-deux minutes pour François Fillon, soit un rapport de un pour trois cents. Ce chiffre n'est pas une impression, c'est une donnée publiée par l'autorité de régulation elle-même. Une fois ce déséquilibre installé, il s'auto-entretient : jamais dans les médias, un candidat n'apparaît jamais dans les sondages, n'étant jamais dans les sondages, il n'est jamais réinvité, et n'étant jamais réinvité, il reste inconnu du grand public. C'est cette mécanique, entièrement documentée, qui fabrique ensuite la distinction entre vote utile et vote inutile : tout candidat qui remet en cause le système en profondeur se retrouve mécaniquement classé parmi les petits candidats, non pas parce que son programme serait moins solide, mais parce que le compteur du temps de parole a tranché la question avant même que les Français aient pu l'entendre.

Conclusion : ce que ces pièges ont en commun, et ce qu'ils dissimulent

Reprenons ce que nous venons de démonter. Le faux clivage droite-gauche, poussé jusqu'à sa version la plus radicale, extrême droite contre extrême gauche. Le mot souverainisme, qui capture la souveraineté dans un seul camp pour en priver l'autre. La diabolisation de la Ve République, qui fait porter à l'acte de naissance de notre régime ou à ses institutions les maux dont la véritable cause est ailleurs. Le mirage d'un changement de l'intérieur, qui occupe le débat public avec des promesses de réforme que la mécanique même des traités rend impossibles. Le front républicain, qui retourne le même mot de République, cette fois en étendard plutôt qu'en accusation, pour transformer chaque second tour en un vote contre un péril plutôt qu'en un choix de programme. Et le vote utile, qui classe un candidat parmi les petits avant même que les Français aient pu l'entendre, par le seul jeu d'une exposition médiatique déjà inégale. Six pièges, mobilisés par des familles politiques différentes, parfois contradictoires entre elles sur le papier, mais qui poursuivent tous, sans exception, la même fonction : empêcher le peuple français de voir le clivage qui compte réellement et de poser la seule question qui en découle.

Le clivage droite-gauche avait été inventé, on l'a vu au début de ce texte, pour faire dépasser la lutte des classes du XIXe siècle. En dissolvant ce clivage dans la convergence néolibérale, l'Union européenne a fait resurgir cette même lutte des classes sous une forme actualisée : une minorité qui s'enrichit directement par les mécanismes de la construction européenne, la libre circulation des capitaux en tête, contre une masse de perdants qui ne se recrutent dans aucune famille politique en particulier. C'est ce clivage-là qui est réel, mesurable, documenté année après année. Et c'est précisément ce clivage-là qu'aucun des six pièges décrits plus haut ne laisse jamais affleurer, chacun à sa façon détournant l'attention vers autre chose.

Une fois ces six écrans levés, il ne reste qu'une question. Rester dans l'Union européenne, et donc rester dans cette lutte des classes jusqu'à ce que le système, à bout de souffle, s'effondre dans la violence, comme l'histoire le montre à chaque fois qu'un ordre à bout de souffle refuse de se réformer. Ou revenir à la République, c'est-à-dire au régime que la France s'est précisément donné après l'effondrement d'un système à bout de souffle, l'Ancien Régime. L'histoire ne se répète jamais à l'identique, mais elle rime : un système à bout de souffle finit toujours par tomber, la seule question est de savoir si l'on choisit d'en sortir par la voie démocratique ou si on laisse advenir la voie violente.

Le programme de François Asselineau est le seul qui pose cette question sans se laisser absorber par aucun des six pièges. Il conditionne son référendum d'initiative citoyenne à une sortie préalable de l'Union européenne, seule façon de lui donner une portée juridique réelle plutôt qu'une promesse vouée au mur de l'unanimité, et échappe donc au premier. Il n'est ni de droite ni de gauche par construction, et échappe donc au deuxième. Il n'a jamais pu être capturé par le mot souverainisme, puisqu'il porte le Frexit sans discontinuité depuis dix-neuf ans, et échappe donc au troisième. Il propose un retour explicite à la République par la voie du référendum de l'article 11, sans détour par une VIe République dont le contenu resterait à définir ni par une accusation portée contre la République elle-même, et échappe donc au quatrième. Rassemblant au-dessus du clivage droite-gauche, il ne peut être réduit à un péril qu'il faudrait écarter par un vote de barrage, et échappe donc au cinquième. Et parce qu'il n'a jamais eu accès aux plateaux qui fabriquent la notoriété, il n'a jamais pu bénéficier du costume de grand candidat, mais il n'en reste pas moins, depuis dix-neuf ans, le seul dont le programme n'a jamais varié, échappant ainsi, par la constance plutôt que par l'exposition médiatique, au sixième. C'est cette cohérence d'ensemble, et elle seule, qui permet de poser enfin aux Français la question qu'on leur dérobe depuis vingt ans.

Marc Parigot sur X

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