Des échos de la réunion des communistes de Vénissieux
Contribution de Jean-Pierre Page à la réunion des communistes de Vénissieux 2007
Chers camarades,
Ne pouvant être parmi vous car actuellement en voyage à l’étranger, je souhaite vous faire parvenir quelques réflexions ! Je souhaite beaucoup de réussite à cette initiative en espérant qu’elle sera utile au combat qui est le notre !
La situation est difficile mais pas désespérée ! On pourrait dire cela du communisme français d’autant que nous connaissons tous l’état des lieux ! Malgré ce constat négatif je pense plutôt qu’à s’accabler, tout nous invite à passer à l’offensive !
Pourquoi offensif ? Mais parce que la crise capitaliste comme l’illustre la crise des marchés boursiers montre que la perspective d’une récession sans précédente est à l’ordre du jour ! Elle montre également qu’à l’évidence le système est tout simplement à cours de solutions ! Comme nous le voyons presque quotidiennement l’intervention massive des banques centrales, la baisse ou la hausse des taux d’intérêts, la vente d’or, les paroles apaisantes, n’arrivent plus à masquer la réalité ! Je pense que cette évolution est largement sous estimé, y compris dans nos propres rangs, que l’on s’enfouit la tête dans le sable comme l’autruche ou encore qu’on en reste beaucoup trop au constat et à la seule dénonciation des conséquences sociales.
Bien évidemment nul ne saurait nié le besoin d’être présent et actif sur le terrain des revendications sociales, et non seulement avec ce gouvernement réactionnaire, plus que jamais vassal des USA et d’Israël, mais cela ne me semble pas suffisant, si nous voulons participer à la construction d’une véritable alternative !Que peut être l’efficacité d’un projet révolutionnaire si l’on ne s’attaque qu’aux conséquences et non aux causes véritables ?, Au mieux : et je n’en suis pas certain, être à la gauche de la social démocratie , pouvons nous avoir cela comme ambition ? Cela serait catastrophique ! Voila pourquoi si nous voulons être conséquent avec nous-mêmes et avec ceux auxquels nous avons l’ambition de nous adresser nous nous devons d’affirmer clairement qu’une alternative réelle n’est seulement possible qu’après une rupture avec le système capitaliste et impérialiste !L’évolution de la situation nous y oblige !
On s’accorde généralement à reconnaître le caractère inédit de celle-ci au plan international, et en particulier au plan économique, évidemment tout est fait pour chercher à calmer le jeu ! Bien que de nombreux observateurs en mesure les risques d’aggravation on nous présente cette période de tensions et d’inquiétudes comme la seule manifestation des turbulences du marché ! En quelque sorte il s’agirait d’un mauvais moment a passé !
Si il est vrai qu’au cours des vingt dernières années, il n’y a pas eu de récessions sévères, l’erreur serait de supposer qu’il en sera de même à l’avenir. On cherche à nous installer dans un sentiment de sécurité. En réalité personne n’exclue dorénavant une récession mondiale. A un certain stade, et celui-ci est atteint, un retournement est inévitable. Et lorsque la récession adviendra, il y a de bonnes chances qu’elle soit sévère.
Si les Etats-Unis sont toujours la plus puissante économie au monde nous devons mesurer qu’une récession américaine aura de profondes répercussions à l’échelle mondiale. Certes, les USA ont perdu du terrain par rapport à d’autres pays. Ils étaient autrefois la première puissance exportatrice, avant d’être doublés par l’Allemagne, puis récemment par la Chine (qui a exporté davantage de marchandises que les Etats-Unis, au deuxième semestre de 2006).
Le dollar perd sa position dominante sur les marchés financiers mondiaux. Il y a désormais davantage d’euros en circulation que de dollars. Sur le marché international des titres, l’euro a déclassé le dollar. Et d’après le Financial Times, la capitalisation boursière de Wall Street est désormais inférieure à celle des bourses européennes (en incluant la Russie).
Mais rappelons nous ! Il y a 10 ans, le 2 juillet 1997, la Banque Centrale Thaïlandaise a laissé flotter sa monnaie après avoir échoué à la protéger contre un attaque spéculative, ce qui a déclenché un effondrement économique et financier qui s’est rapidement propagé aux autres économies de la région, provoquant des contractions sévères du PIB, des faillites et des licenciements massifs. Cela a précipité la crise financière asiatique de 1997-98, qui par la suite a affecté des pays comme la Pologne, la Turquie, le Brésil et l’Argentine. . Le même type de scénario pourrait facilement se reproduire à une échelle encore plus vaste.
La prochaine crise pourrait commencer aux Etats-Unis et être précipitée par une crise boursière, ou encore par une augmentation soudaine du prix du pétrole, du fait de la situation au Moyen-Orient, de l’échec de la guerre en Iraq et en Afghanistan, de l’évolution de l’Amérique Latine, et de l’Asie Centrale. A ce sujet il est intéressant de noter ce qu’ont été les conclusions de la dernière réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai qui avait trait aux problèmes de sécurité et qui a réunit la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, l’Inde le Pakistan et l’Iran sont maintenant associés à cette organisation multilatérale ! Pour revenir à mon propos, lorsque le seuil critique est atteint, l’ensemble du processus se déroule à l’envers. Alors, tous les facteurs qui ont contribué à la croissance se transforment en facteurs de crise. Dans ces conditions, les crédits massifs qui ont été injectés dans l’économie américaine, pour soutenir la consommation, et la guerre se transformeront en un immense fardeau tirant l’économie vers le bas et cette fois là l’addition sera très lourde !
Voyons bien que la consommation des ménages américains a soutenu la croissance du PIB, mais au prix d’un endettement massif des particuliers (le taux d’épargne est négatif) et de l’Etat .Pour l’heure la fuite en avant se poursuit, avec la perspective d’une relance de l’inflation, mais à terme cette situation est insoutenable.
Au cours de la dernière période, les capitalistes pour maintenir des taux de profitabilité élevés n’ont eu d’autre choix que celui d’une surexploitation spectaculaire de la force du travail et par des endettements démesurés. Dans le même temps les Républicains américains ont laissé le dollar tombé et les déficits se creusés à des niveaux inédits.
L’endettement etatsunien s’est considérablement aggravé avec des dépenses discrétionnaires, dont une augmentation d’un tiers des dépenses militaires. A cela s’ajoutent par ailleurs les lourdes subventions aux agriculteurs américains. Tout cela a créé des déficits structurels et placé le fardeau d’une dette énorme sur les épaules des générations actuelles et futures. Par ailleurs, cela mine maintenant les mécanismes par lesquels la bourgeoisie pouvait sortir sortait d’une récession, par le passé.
Il faut noter également qu’au cours de la dernière période, on a assisté à un développement colossal du marché mondial du travail. Il va de soi que lorsque deux milliards de personnes intègrent l’économie capitaliste mondiale, comme ce fut le cas au cours des vingt dernières années, ce n’est pas sans effets. Sous la pression des conditionnalités imposées par la FMI/Banque Mondiale et l’OMC, l’entrée de la Chine, de l’Inde, de l’Europe de l’Est et de la Russie sur le marché capitaliste mondial a ouvert de nouveaux marchés et de nouveaux secteurs d’investissements très profitables pour les capitalistes. Ces développements leur ont indiscutablement apporté de l’oxygène.
Mais cela a également eu d’importants effets collatéraux. L’émergence d’une vaste main d’œuvre très faiblement rémunérée ou encore d’une armée de réserve non employée exerce dorénavant et partout, une pression à la baisse sur les salaires, la protection sociale.
A cette situation l’immobilisme du syndicalisme international et sa situation dégradé dans les pays développés ou sa collaboration étroite avec les sociétés transnationales et les institutions internationales sur les thèmes du travail décent, de la bonne gouvernance, comme hier de l’équité, des privatisations et de l’abandon du secteur public ont conduit encore à aggraver les inégalités et donc les difficultés des travailleurs à l’échelle mondiale.
Une pression brutale sans précédent s’exerce donc contre l’augmentation des salaires et pour accroître la plus-value. Cela accroît la part des profits au détriment des salariés. Partout, l’exploitation s’est énormément accrue. Mais il y a des limites à ce processus – et on est précisément en train de les atteindre. Tout le monde est ainsi au pied du mur et en devoir de choisir. Gageons que cela va singulièrement compliquer la tâche de ceux qui situent leur action dans le cadre de l’accompagnement et de la régulation en particulier au niveau Européen ! Tout cela prépare de nouvelles capitulations et abandons en particulier de souveraineté et d’indépendance de la part de cette « élite » politique de gauche comme de droite dont les différences sont purement formelles !
Le problème est donc de savoir au vu des conséquences et donc avant tout des causes comment les révolutionnaires se préparent à de telles échéances ! Pour ma part je pense et même si cela peut apparaître paradoxal avec la situation que nous avons un espace Nous nous devons de le faire apprécier pour être offensif et donner confiance ! C’est là à mes yeux la question capitale ! Car de notre capacité à nous hisser à la hauteur de ces enjeux dépendra je le pense l’issue à la crise et dans la crise je place la crise du communisme français ! Pour ma part cette perspective de sortie ne peut être à mes yeux que socialiste ! C’est je pense une exigence qu’il faut d’autant plus affirmer que plus personne en France ne parle de perspective socialiste, y compris dans les rangs de ceux que l’on appelle les communistes critiques !
Cette période je le répète représente une formidable opportunité pour les révolutionnaires, pour les communistes pour leur combat si l’on veut empêcher un recul de civilisation et la barbarie ! Voyons bien que nous ne sommes pas seuls ! Il n’est de fatalité en rien et l’on peut changer les choses si nous en avons la volonté politique ! Il est réconfortant de voir aujourd’hui à l’échelle mondiale des forces communistes et d’autre qui font le choix de confronter la logique même du capitalisme ! On cite souvent le cas du Vénézuéla mais ce ne sont pas les seuls qui refusent la logique de domination impérialiste, l’hégémonie, qui défendent leur souveraineté et leur libre choix par des actions concrète soit en sortant du FMI et de la Banque mondiale ou en mettant un terme à l’indépendance de leur banque centrale, en encore en mettant en place de nouveaux mécanismes de coopération, en situant leur action dans une perspective socialiste !
Nous nous devons de prendre en compte cette dimension globale du combat des peuples, cette internationalisation des luttes les avancées et les échecs en tirant les leçons des expériences concrètes des autres forces qui dans le monde partagent avec nous une même vision, et en anticipant ! De ce point de vue le manifeste communiste de Marx reste d’une extraordinaire actualité ! Nous devons nouer et renouer des relations fortes avec tous ceux, qui par ailleurs ont du mal à comprendre l’effacement, voir ce qui leur apparaît parfois comme un renoncement des communistes français au combat internationaliste !
Je veux ajouter une chose ! Nul ne saurait contester le besoin qui existe de défendre les revendications essentielles des travailleurs a fortiori avec l’offensive contre le pouvoir d’achat, l’emploi, la protection sociale, le code du travail, le droit de grève et les libertés démocratiques, mais comment articulons nous cela en termes d’objectifs et d’actions anti- capitalistes, en termes de stratégies et donc d’alliances, en termes d’organisation ! Poser la question du socialisme et d’une transformation révolutionnaire de la société suppose de revendiquer et donc d’assumer nos responsabilités de parti qui pose la question du pouvoir politique en d’autres termes qu’en gestionnaire loyal et respectueux du capital comme ce fut le cas à plusieurs reprises.
Pouvons nous le faire efficacement dans l’état d’existence et d’organisation qui est le notre ! A l’évidence. NON ! Si le PCF est arrivé au point que nous savons et je ne pense pas à son influence électorale qui n’est qu’une conséquence, il faut se rendre à l’évidence que nous n’avons pas été en mesure d’influencer réellement le cour des choses à l’intérieur du PCF pas plus d’ailleurs que l’influence communiste en générale en France ! Au plan européen et international les communistes français sont par ailleurs isolés, pour ne pas dire plus. Pour autant je pense que l’on ait agit de l’intérieur ou de l’extérieur du PCF je pense que notre travail a eu une utilité pour maintenir une certaine influence des idées de classes. Mais dans le même temps le recul des luttes de classes de l’esprit critique, du débat d’idées ou tout simplement de simples valeurs internationalistes témoignent de façon éloquente.
N’y a t’il pas un bilan critique de tout cela à faire ? Ne faut il pas en tirer les leçons y compris par rapport à la stratégie que les uns ou les autres nous avons adopter et dont aujourd’hui nous devrions faire le choix ! Ne faut il pas savoir faire preuve de plus de flexibilité, en cherchant à être moins définitif ! Le problème est de faire preuve de lucidité sans s’accabler mais en essayant ENSEMBLE de travailler à une même stratégie et dans le respect des différences que nous pouvons avoir. Après tout n’avons-nous pas milité ainsi et ensemble au sein du PCF ! Je pense que le moment est venu de mettre un terme à la division comme à la dispersion en cherchant à RE INVESTIR LE PCF, de l’intérieur ou de l’extérieur en nous coordonnant à l’échelon national ou départemental, au niveau des entreprises ! La perspective de plusieurs congrès pour le PCF devraient nous inciter à cela en même temps que la situation sociale et politique nationale ou internationale avec l’objectif d’apparaître comme une force capable d’assumer ses responsabilités, toutes ses responsabilités ! Le problème n’est pas seulement de se tourner vers les communistes mais de se tourner vers les travailleurs pour leur apporter un point de vue communiste, un point de vue de classe pour donner du contenu aux luttes et en orientant celle ci contre la classe capitaliste ! Quand manifesterons nous contre les acteurs des marchés financiers, à quand une manifestation contre la Bourse, ses « traders et ses brokers » !
Je pense qu’à certains moments nous avons représenté un certain espoir et que nous sommes arrivé à susciter une certaine dynamique, si cela a été vrai celle-ci s’est largement essoufflée ! Aujourd’hui il y a des milliers, des dizaines de milliers de communistes qui ont besoin de se retrouver sur une ligne claire, de classe, une ligne anti- capitaliste et anti- impérialiste. Je pense qu’il y a une certaine attente de cette réunion, pas seulement pour faire des bilans mais pour décider de nouveau d’aller de l’avant ! Pour ma part je suis disponible pour contribuer à cela !
31 août 2007


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