SNCF : Les cheminots veulent plus d’humain
Le malaise grandit à la SNCF entre une direction cherchant la rentabilité et des cheminots de moins en moins écoutés.
La grève a été forte dans les Alpes Maritimes. Entre 50% et 60% de grévistes alors qu’au niveau national, elle fut de 30% selon les syndicats (23% selon la direction). Les contrôleurs niçois étaient même 98% à avoir suivre le mouvement social lancé par les syndicats CGT-CFDT-UNSA-FO.
« Cela fait deux ans que la CGT porte une action nationale sur l’avenir et l’unicité de l’entreprise, sur la mise en garde des dangers liés aux directives européennes. » explique Mickaël Albin, contrôleur de train à Nice et ancien secrétaire général du syndicat CGT-Cheminot de Nice. « Les autres organisations syndicales nous expliquaient qu’il fallait attendre mais aujourd’hui que c’est urgent, elles rejoignent notre combat. » Ou plutôt les combats, car ils sont nombreux.
SNCF/RFF, une seule entreprise ? Durant le mois de novembre, sera discuté de la reprise par la SNCF de Réseau Ferré de France (RFF), gestionnaire des infrastructures. Le directeur de la SNCF, Guillaume Pépy serait favorable à la création d’une filiale de la SNCF. « Nous sommes pour abroger RFF mais pas ainsi » pour Najim Abdelkader, le nouveau secrétaire général du syndicat CGT-Cheminot de Nice, « elle doit être intégrée totalement avec une seule gouvernance. » Se pose aussi la question de la dette très importante de RFF. « Il y aurait de toute façon une mutualisation de la dette et elle pourrait être remboursée en faisant payer aux opérateurs privés la passage sur le sillon. » Un secteur privé qui se positionne surtout dans le transport de marchandises. Et si à partir de 2014, les régions sont libres de choisir un opérateur privé, il n’y a pas eu pour l’instant de demande.
Emploi et salaire. Une autre raison de ce mouvement social est l’augmentation trop faible (0,5%) proposée par la direction. « Les cheminots ont perdu 6% de pouvoir d’achat sur les 5 dernières années. » explique l’élu syndical. « De plus, la direction ne veut plus recruter et il manquera 1300 emplois entre les embauches et les départs à la retraite. G. Pépy compte donc sur notre productivité. Mais déjà, il n’y a pas assez de monde pour réparer le matériel. C’est pour cela que certains trains sont annulés ou que des rames sont enlevées. » Le directeur lui-même a reconnu que l’augmentation des salaires était « modeste » tandis que Philippe Bru, directeur régional de la SNCF-PACA a évoqué une année délicate en terme de retard et annulation dû notamment à des problèmes de matériels.
A Cannes, Nathalie Gouaty, élue syndicale CGT, dénonce aussi le manque de personnel et les conditions de travail déplorables. « D’autant qu’avec la rénovation de la gare, aucun agent
supplémentaire n’a été affecté alors que l’activité est plus compliquée. »
Pourtant, la SNCF affiche 25,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires à fin septembre 2012, soit une hausse de +3,2 % par rapport aux neuf premiers mois de 2011. Le bénéfice net est quant à lui divisé par deux par rapport à 2011 avec à 253 millions d'euros. Cependant, la société explique « dépasser les attentes » sur ces résultats opérationnels sur l'année 2012, grâce à une « maîtrise des coûts et des investissements », selon un communiqué de presse.
Augmentation de l’insécurité. Najim Abdelkader évoque notamment les 10 contrôleurs manquant sur Nice. « Cet été, Marseille nous a prêté 4 agents et les 36 agents qui devraient lutter contre la fraude ne font presque plus que des missions de sécurité. La fraude augmente et l’insécurité aussi. » Durant la saison estivale, il y eut 10 agressions d’agents. Un triste record. « Toutes ont été suivies par arrêt de travail. Certains ne veulent plus remonter dans un train. Il y a une peur qui s’installe chez les contrôleurs. Et nous avons eu aucune réaction de la part de la direction pourtant ils nous avaient promis des renforts. » La CGT demande ainsi l’embauche de 6 agents. « En 2008, nous avions 42 agents mais 30% de trafic en moins. Ce n’est pas utopique mais légitime. » Aucune des propositions de la CGT n’a été retenu pour lutter contre la fraude. Selon le syndicat, la direction régionale se cacherait derrière les ordres du national qui cherche à faire de plus en plus d’économie. «
La SNCF est gérée comme une société CAC 40. Les dirigeants oublient le projet de service public, ne cherchant que profit et bénéfice sur le dos des cheminots. » Pour 2013, les travaux de modernisation des voix devraient permettre 6 à 10 TER supplémentaires sur certaines lignes.
Jeudi dernier à Nice, dans la gare, des panneaux indiquent aux voyageurs les trains qui circulent. Personne ne s’énerve. On sent plutôt une résignation. Selon Nicolas Rongier, cheminot et syndiqué CGT, « parmi les passagers, certains comprennent d’autres trouvent cela inadmissible. Il faudrait qu’ils comprennent que l’on fait cela aussi pour eux. Il y a des rames neuves qui ne peuvent plus rouler car on ne peut pas les réparer. » La CGT représente 50% des agents sur le 06. Les nouveaux arrivants viennent de tous les horizons, explique Nicolas Rongier. « Tous ont des idées préconçues par les médias sur les syndicats mais après une période d’adaptation, ils se se syndiquent. » Rajoutant avec ironie : « Il faut dire que la direction nous aide ! »
Julien Camy


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