La GUERRE À GAZA sur France-Inter… [la lettre de Philippe ARNAUD]
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Le 10 novembre 2023
Chers tous,
Aujourd'hui, au journal de 13 h de France Inter, il était question de la guerre de Gaza. Parmi les déclarations des journalistes, j'ai retenu ce qui suit (il était question du refus de LFI de participer à la marche contre l'antisémitisme initiée par Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, respectivement présidente de l'Assemblée nationale et président du Sénat).
La journaliste disait : "(... seule la France Insoumise, vous l'avez dit, refuse d'y participer. Deux raisons invoquées : la présence du RN, bien sûr, mais aussi l'absence de condamnation des crimes de guerre d'Israël en cours, selon eux, dans la bande de Gaza)."
Ma remarque concerne ce "selon eux" - c'est-à-dire les responsables de LFI qui n'ont pas voulu participer à la marche susdite.
Remarque 1. Ce "selon eux" est une manière de décrédibiliser, de jeter le doute sur les affirmations de LFI à propos de cette guerre. Alors que, lorsqu'il s'est agi des tueries perpétrées par le Hamas le 7 octobre, on n'a pas entendu de "selon eux", pour évoquer les sources israéliennes. On les a crues sur parole, comme on a cru sur parole l'histoire des bébés prétendument décapités par le Hamas (et dont on n'a plus du tout entendu parler depuis). Comme on n'a plus entendu parler des auteurs "inconnus" du sabotage du pipe-line Nordstream 2 ["inconnus" étant prononcé de telle façon qu'on entendait "russes", comme on entend "Mom" lorsqu'on prononce le patronyme de l'écrivain Somerset Maugham...].
Remarque 2. Lorsqu'on parcourt les rues de Gaza en tant que journaliste "embedded" (c'est-à-dire de journaliste embarqué), comme le faisait hier, au journal télévisé de 20 h de France 2, avec une visible satisfaction, la journaliste Agnès Vahramian, on voit à Gaza ce qu'on pouvait voir au début de cette année, en Turquie, dans la ville de Gaziantep, peu après le séisme. C'est-à-dire des ruines à perte de vue. Or, il y eut dans les 50 000 morts en Turquie et, même si un séisme est différent d'un bombardement, on peut inférer des effets visibles (des immeubles détruits sur des quartiers entiers) un résultat en pertes de vies humaines du même ordre de grandeur.
Remarque 3. On le pressent d'autant plus que les précédentes guerres de Gaza se sont traduites par la même disproportion de pertes. Par exemple lors de l'opération Pluies d'été (nom israélien), de juin à novembre 2006. Israéliens : 7 tués et 82 blessés. Palestiniens : 400 tués et 1000 blessés. Ou de la guerre de Gaza de 2008-2009. Israéliens : 13 tués. Palestiniens : 1330 tués. Ou de la guerre de Gaza de 2012. Israéliens : 6 tués. Palestiniens : 161 tués. Ou de la guerre de Gaza de 2014. Israéliens : 66 tués militaires et 6 tués civils. Palestiniens : 2310 tués militaires et 1743 morts civils. Il est difficile de croire, vu l'ampleur des bombardements, que la disproportion, cette fois-ci, puisse être moindre.
Remarque 4. Il faut ici faire litière de l'argutie des Israéliens, répétée ad nauseam, selon laquelle le Hamas se servirait de la population civile comme d'un bouclier humain. [Ce qui, il faut le noter, est l'argutie de toutes les armées régulières d'occupation, confrontées à des mouvements de guérilla populaire]. Comme il leur est difficile de débusquer les résistants et de les éliminer un à un, cela leur permet de s'absoudre à l'avance de toutes les pertes "collatérales" liées à un pilonnage d'artillerie ou à un bombardement aérien]. Or les batailles dans des villes, assiégées ou nom, ont souvent été fréquentes dans l'Histoire : qu'on songe au siège de Saragosse en 1809 (50 000 morts), au siège de Stalingrad (100 000 morts civils), au siège de Leningrad (1 million de morts de faim). On peut même remonter au siège de Magdebourg, en 1631, durant la guerre de Trente ans, où 25 000 civils furent massacrés. Les combattants luttent là où ils le peuvent !
Remarque 5. Cette accusation récurrente de déloyauté, de traîtrise, est un poncif des classes dominantes. Déjà, au Moyen âge, les chevaliers, les nobles, stigmatisaient les paysans (les vilains, les manants, les croquants, les Jacques...) lorsque, à plusieurs, ils attaquaient les chevaliers, qu'ils les faisaient tomber avec des crochets et les trucidaient. Cela tenait à ce que la guerre, à cette époque (et pendant tout le Moyen âge) était affaire d'un petit nombre de professionnels, dont l'équipement requérait un certain capital (deux ou plus de deux chevaux, une armure, un bouclier, une lance, plusieurs épées, plusieurs valets), et qu'elle était ritualisée. En rase campagne, lorsqu'une troupe de "ribauds" ou de "croquants" révoltés se heurtait à une armée royale ou seigneuriale (comme lors de la guerre des Paysans, en 1525), son sort était vite réglé. Les paysans ne retrouvaient la supériorité que dans une ville ou une gorge étroite, là où les chevaliers ne pouvaient trouver du terrain libre pour se déployer et charger. L'accusation de traîtrise - comme aujourd'hui celle qui est proférée contre le Hamas, n'exprime que le malaise de ne pouvoir profiter à fond de sa supériorité, de l'embarras de devoir se plier aux règles de l'adversaire.
Remarque 6. La continuité entre les chevaliers du Moyen âge et les combattants actuels se marque dans l'accoutrement des intéressés. Le cheval a été remplacé par le char, au point, d'ailleurs, que l'arme blindée est parfois appelée "dragons" ou "hussards", ou "cuirassiers", ou autres noms de cavalerie, qui sont des noms de diverses unités, qui se sont illustrées notamment sous le 1er Empire. Et le blindage du char équivaut à l'armure de jadis. De même, le prestige du cheval, du destrier (le cheval de combat, par opposition au palefroi, cheval de parade), a été transféré sur le chasseur-bombardier, F-16 ou F-35, extrêmement cher, qui requiert, en investissement et entretien, le même capital que le cheval médiéval. On comprend que ces braves gens soient frustrés que leurs si dispendieux équipements ne puissent servir face à des malappris qui refusent de jouer le jeu. Mais il serait douteux que les membres du Hamas poussent la complaisance jusqu'à peindre des cibles sur leurs caches...
Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, compléments et critiques.
Bien à vous
Philippe Arnaud, Amis du Monde Diplomatique -Tours


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