ÎLE DE LA RÉUNION :l'illusion ethnique du « privilège zorèy » : Détourner la diversion identitaire pour imposer l’analyse de classe
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Les débats qui saturent l’espace public réunionnais en ce mois de juillet 2026 autour du « privilège zorèy » — alimentés par les dernières données sur les postes d’encadrement et les trajectoires migratoires — ne souffrent aucune ambiguïté factuelle, mais ils souffrent d’un contresens politique majeur qu’il convient de briser. D’un côté, on documente la surreprésentation des non-natifs dans certaines fonctions de responsabilité et les difficultés de retour d’une partie des jeunes diplômés réunionnais. De l’autre, le débat s’enferme dans une lecture identitaire opposant le Réunionnais natif au Réunionnais né en France. Face à ce paradoxe, le discours dominant déroule une rhétorique désormais bien connue, faite de conflits d’appartenance, de dénonciations de l’entre-soi et d’appels à une « préférence régionale ».Cette lecture passe pourtant à côté de l’essentiel.
Le peuple réunionnais présente une singularité historique fondamentale : il ne s’est pas constitué à partir d’un processus classique de peuplement, mais dans le cadre d’un système colonial fondé sur l’esclavage et la traite négrière, aujourd’hui reconnus comme des crimes contre l’humanité, auxquels s’est ensuite ajouté l’engagisme. Notre langue, notre culture et notre identité collective sont nées de cette histoire de violence, de domination, de résistances et de métissages. En ce sens, le peuple réunionnais est historiquement un peuple né d’un crime contre l’humanité. Cette affirmation n’a rien d’une formule polémique : elle rappelle simplement que notre société s’est construite dans un ordre économique, juridique et politique dont les effets continuent de structurer les rapports sociaux contemporains.
C’est précisément parce que cette histoire est fondatrice que le débat ne peut être réduit à une opposition entre individus selon leur origine géographique. Ce que révèlent les données disponibles n’est pas un problème relationnel entre Réunionnais et originaires de France, mais la persistance de mécanismes structurels hérités d’une formation sociale post-coloniale. La focalisation sur le « privilège zorèy » individualise et moralise un phénomène qui relève avant tout des rapports de pouvoir, de la distribution des capitaux et de la reproduction des positions dominantes.
Pour comprendre l’intensité des forces de domination et de résistance qui traversent notre territoire, il faut revenir à cette matrice historique. Ce n’est qu’à cette lumière que peuvent être analysés les mécanismes contemporains de reproduction des inégalités, plutôt qu’à travers le prisme réducteur du ressentiment identitaire.
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