Le RÉARMEMENT ALLEMAND est à prendre très au sérieux, hélas !
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Par Guy Mettan
On en parle trop peu : depuis la Zeitwende de 2022 et l’emballement des dépenses militaires avec l’arrivée de Friedrich Merz, le réarmement allemand a pris une tournure qui devrait inquiéter les Européens les plus lucides. Le budget militaire a atteint plus de 100 milliards d’euros cette année avec un objectif affiché de 3,5 % du PIB à l’horizon 2029, soit près de 200 milliards d’investissements annuels au tournant de la décennie. À titre de comparaison, le budget militaire allemand n’était que de 32 milliards d’euros en 2014. Il aura donc sextuplé en quinze ans.
Les commandes d’armes sont massives : avions F-35 américains, chars Leopard 2 de nouvelle génération, systèmes de défense anti-aérienne, hélicoptères Chinook, véhicules blindés par milliers, satellites militaires, stocks considérables de munitions, drones et systèmes électroniques et enfin modernisation de la marine figurent au menu.
Quant à la troupe, les ambitions sont tout aussi grandes. L’ambition affichée est de porter les effectifs mobilisables à environ 460 000 militaires et réservistes au milieu des années 2030 soit le double d’aujourd’hui.
On est donc en présence du plus important réarmement allemand depuis la création de la Bundeswehr en 1955. Un accroissement spectaculaire qui tranche avec la stagnation des investissements consacrés aux infrastructures, notamment ferroviaires, qui souffrent pourtant d’une grande vétusté.
Au-delà des chiffres, ce sont aussi les changements institutionnels qui frappent par leur ampleur. Alors que l’Allemagne s’était toujours fait le champion de la rigueur budgétaire, elle vient de jeter par-dessus bord ce sacro-saint paradigme, un fait passé largement inaperçu à l’étranger.
Pendant plus de quinze ans, le « frein à l’endettement » (Schuldenbremse), inscrit dans la Constitution allemande en 2009, fut en effet considéré comme quasiment sacré. Il limitait le déficit structurel fédéral à 0,35 % du PIB et constituait l’un des piliers de l’orthodoxie budgétaire allemande. Or, c’est précisément ce tabou qui vient d’être abandonné. Désormais, les dépenses de défense et de sécurité qui dépassent 1 % du PIB ne sont plus soumises aux limitations constitutionnelles de la dette publique.
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